Publié le vendredi 20 février 2009 à 01H00 - Vu 131 fois
Les téléphones portables sont plus dangereux que les antennes-relais.
JEAN AYISSI
Des antennes aux portables
EN une décennie la région s'est couverte d'antennes-relais permettant à toutes les zones même les plus reculées, de bénéficier du réseau de téléphonie mobile. On en recense grâce à l'ANF, Agence nationale des fréquences et à sa « Cartoradio », plus de 350 dans l'Aisne, les Ardennes et la Marne. La seule agglomération rémoise en compte une centaine.
Il s'agit seulement des antennes de radiotéléphonie. Si on ajoute les antennes liées à la radiodiffusion et les stations qui vont des réseaux radioélectriques privés aux radars météo, on estime à 100.000 le nombre d'antennes hérissées sur la France. Il y en a partout, pour le plus grand bonheur des accros du portable. Mais pour le malheur de ceux qu'on appelle aujourd'hui les EHS, les électrohypersensibles. Ils sont de plus en plus nombreux à grossir les rangs des collectifs et associations de lutte contre la prolifération des antennes.
De la migraine au cancer en passant par la fatigue ou l'insomnie, les témoignages se multiplient. Le ministère de la Santé assure qu'aucune étude scientifique ne permet de savoir avec certitude si l'exposition permanente aux champs magnétiques est dangereuse pour l'organisme. Aussi le principe de précaution ne s'impose-t-il pas. La communauté scientifique est encore très partagée. La plupart des maires qui se sont opposés à l'implantation d'une antenne ont été déboutés, voire condamnés. Les opérateurs, dans leur droit, gagnent à tous les coups. Mais certaines jurisprudences ont commencé à inverser la tendance sous la pression des associations.
Née fin 2000, Priartem, « Pour une réglementation des implantations des antennes relais de téléphones mobiles », fut la première à alerter l'opinion, « Il y avait déjà des interrogations sanitaires », indique la présidente Janine Le Calvez. Elle réclame « une réglementation qui obligerait les opérateurs à respecter les conditions de vie et de santé des gens.
« Ce sont les maires qui nous sollicitent aujourd'hui. Les dernières victoires juridiques prouvent qu'il est possible de contrecarrer les projets et d'appliquer le principe de précaution. »
Très active aussi l'association « Robin des toits », qui réclame une enquête épidémiologique, seul moyen de connaître enfin la réalité. Son porte-parole Étienne Cendrier attend beaucoup d'une étude enfin programmée sur la symptomatologie de l'intolérance aux champs magnétiques. « Une avancée médicale qui éviterait qu'on enferme en psychiatrie des gens atteints par le syndrome », espère-t-il.
« Le lien de causalité ne peut être fait que statistiquement », affirme Mme Le Calvez qui constate que « le téléphone portable est un risque émergent comme le fut l'amiante il y a 70 ans. »
Comme les trois opérateurs français, qui seront bientôt quatre, les militants attendent beaucoup du Grenelle de la téléphonie mobile qui se réunira le 19 mars. Les valeurs de références européennes pour les téléphones portables seraient revues à la baisse. C'est même l'opinion exprimée sans détour côté opérateur par Hubert Thiel, directeur régional d'Orange pour la Champagne-Ardenne. Il estime en effet que « les téléphones sont plus dangereux que les antennes. »
Mais il rappelle qu'obligation a été faite aux opérateurs en échange de leur licence, de couvrir le territoire. Dans la région, rares sont les zones « blanches », non accessibles aux réseaux mobiles. « Les portables nouvelle génération pour accéder à ses mails, tout le monde en veut. » Mais pas d'antenne, pas de portable. Paradoxe politique, les opérateurs ont dû planter des antennes en plein champ pour des hameaux de cinq personnes. « Pour nous, ça n'était pas rentable. Alors les conseils généraux ont mis les pylônes à notre disposition. »
« Quand on choisit un site, on a mis cinq ou six ans à le trouver. Il est bien évident qu'on ne va pas installer de nouvelles antennes près d'une école. Notre but n'est pas d'aller systématiquement en justice. La priorité qui nous a été fixée dans la région, c'est la ligne TGV et comme partout, les routes de plus de 20.000 véhicules par jour. »
Le directeur d'Orange analyse très justement qu'en matière de santé on n'écoute plus les scientifiques. « Après le sang, l'amiante ou Tchernobyl, les gens ne croient plus rien. »
Il se bat en tout cas, pour tenir éloignés des portables ses petits-enfants en bas âge.
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Le risque de cancer est possible
Frédéric Deschamps est professeur à la faculté de médecine de Reims, spécialiste des maladies professionnelles et environnementales et praticien hospitalier.
Que provoquent réellement les champs magnétiques de façon validée ?
« Ce qui est avéré, c'est qu'à proximité immédiate d'une ligne à haute tension, ou à l'occasion d'un scanner IRM, les personnes exposées à ce haut niveau de puissance du champ magnétique voient des mouches passer devant leurs yeux, ont des vertiges et des nausées et entendent des « clics » ou des « beuz ». Il s'agit de troubles réversibles qui s'arrêtent dès qu'on s'éloigne du champ.
On sait aussi que les porteurs de pacemaker ou d'implants cochléaires sont plus sensibles aux champs magnétiques.
On a également vérifié que la température de la surface corporelle augmente d'un degré. »
Les champs magnétiques provoquent-ils des cancers ?
« C'est possible. En l'état, on ne peut dire ni oui, ni non. On classe habituellement le risque en 4 catégories. Un produit cancérogène validé est en catégorie 1. C'est l'amiante par exemple. Un produit cancérogène probable est en catégorie 2A. C'est le formol. Le risque cancérogène possible est en catégorie 2B. C'est le cas des champs magnétiques. Enfin en catégorie 4, on trouve l'eau par exemple, un produit reconnu non cancérogène.
Une étude sur les tumeurs cérébrales montre que les très gros utilisateurs de téléphone portable (plus de dix heures par semaine) sont plus touchés. Mais cette étude n'est pas statistiquement significative. Un constat laisse cependant perplexe : les tumeurs apparaissent plus souvent du côté où ils écoutent leur téléphone. »
Le téléphone portable présente donc un vrai risque ?
« Il y a certainement quelque chose. On peut dire que le risque existe mais il est extrêmement faible et on a du mal à le mettre en évidence. Il est classé parmi les risques dits acceptables. »
Recevez-vous plus de personnes atteintes d'hypersensibilité aux champs magnétiques ?
« Il y a eu une vague au début des années 2000 de personnes qui se plaignaient d'effets indésirables. Mais il est difficile de relier l'effet à la cause. Peut-être y a-t-il des personnes plus sensibles que d'autres. On peut parler d'un effet fenêtre. Les cellules magnétiques du corps humain confrontées à un champ de même puissance peuvent être perturbées. C'est le même phénomène que des ondes radio qui se retrouvent sur une même fréquence. Ce ne sont pas forcément les doses élevées qui peuvent poser problème. »
Le magnétisme peut-il avoir des effets positifs ?
« Il existe des effets positifs connus. les Soviétiques par exemple avaient découvert les vertus antidouleur des champs magnétiques. Ils avaient mis au point un traitement qui maintenait les patients dans une chambre parcourue de champs magnétiques. Ca marchait. On a aussi constaté très scientifiquement que l'exposition à un champ magnétique améliore la cicatrisation osseuse. »
Faut-il néanmoins prendre des précautions ?
« En résumé, on sait qu'il se passe quelque chose, mais rien n'est validé scientifiquement et il est d'ailleurs difficile de mesurer des champs magnétiques. Il n'est sans doute pas inutile, même si le risque est infime, de prendre des précautions.
A commencer par se passer d'un téléphone portable le plus souvent possible. Il est recommandé de ne pas porter son téléphone près des organes génitaux et d'utiliser une oreillette pour ne pas avoir son mobile collé directement sur l'oreille.
La protection la plus efficace contre les champs magnétiques, c'est de s'en éloigner. »
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Des riverains en guerre contre les antennes-relais
C'est la dernière mobilisation en date dans la région contre l'implantation d'une antenne-relai. Elle s'est soldée cette semaine par une victoire pour les riverains qui ont manifesté à Sillery, près de Reims. Orange a renoncé à son projet finalement jugé « non rentable ».
En septembre 2002 à Reims, boulevard Saint-Marceau, des résidents porteurs de pacemakers ne veulent pas d'antenne sur leur toit. En novembre, un locataire d'une tour du quartier Europe se plaint de troubles manifestes. Une antenne est à cinq mètres de sa chambre. En décembre, les parents des élèves de la maternelle Charbonneaux dénoncent la prolifération d'antennes autour de l'école. Même chose à la maternelle Carteret. A la même date, à Cormontreuil, le maire prend un arrêté qui interdit la pose d'une sixième antenne SFR à 75 mètres d'un groupe scolaire. SFR gagne en appel. Le maire aurait pris « des mesures excessives par rapport aux exigences de sécurité publique et de couverture du territoire national du réseau téléphonique mobile ».
En janvier 2003 à Charleville, quartier Mohon, les riverains s'opposent à l'implantation d'une antenne trop proche des écoles.
En septembre 2004 à Gauchy, le maire doit revoir son plan local d'urbanisme jugé « trop restrictif et contraire au principe de la liberté d'exercice du commerce et de l'industrie ».
En novembre 2004, Betheny gagne contre Orange. L'antenne est démontée. Pas pour cause de dangerosité mais d'esthétique. En février 2004, à Saint-Quentin, rue Emile-Zola, des riverains manifestent contre l'installation d'une antenne à proximité de deux écoles.
En octobre 2006, à Vitry-le-François, les parents des élèves de l'école Ferdinand-Buisson diffusent une pétition contre la pose d'une antenne sur le toit de la résidence la Salamandre.
En février 2008, à Bourcq, près de Vouziers, les habitants se mobilisent contre une antenne en plein champ.
En juin 2008, à Laon, des riverains du quartier Ardon dénoncent un projet d'antenne SFR.
En novembre 2008, à Épernay rue Eugène-Mercier, deux locataires se plaignent de troubles récurrents.
En janvier 2009, à Château-Thierry, les parents des élèves de l'école des Chesneaux et du lycée Jules-Verne font pression sur la mairie.
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Le calvaire d'Aline
« C'est comme si pour nous, le temps était toujours à l'orage », décrit Aline Lardon, victime de ce qu'elle appelle le « syndrome micro-onde ». Quand elle a découvert qu'une antenne-relai avait été implantée à 30 mètres de la clôture de son jardin et à 100 mètres de sa maison, elle n'aurait jamais imaginé le calvaire qu'elle vit aujourd'hui.
« Personne à l'époque, ne parlait des risques pour la santé des champs électromagnétiques. Quand on a commencé à se réveiller la nuit, à souffrir de maux de tête, de nausées, de fatigue inexplicable, on ne s'est pas du tout focalisé sur l'antenne. »
Mais quand, trois ans après, Aline a été frappée par un cancer, elle a commencé à douter. « Il n'y en avait jamais eu dans ma famille. J'avais du mal à y croire. »
C'est quand son mari a lui aussi été touché par un cancer, et qu'il en est mort dix semaines plus tard, qu'elle a compris que l'antenne était peut-être pour quelque chose dans leur malheur.
« J'ai interrogé les habitants de notre petit village et j'ai découvert d'autres cas : une voisine dormait avec des écouteurs. Elle avait des vibrations continues dans les oreilles. D'autres souffraient de maux de tête incompréhensibles, ou de tachycardie. Il y a eu un autre cancer. Alors on a créé un collectif pour demander le déplacement de l'antenne. Pour l'instant sans succès. »
Aline a consulté six ORL. « Quand je suis chez moi, j'ai les tympans qui vibrent. Je mets des bouchons d'oreilles. Je me réveille toujours la nuit. J'entends des cliquetis. J'ai les jambes lourdes, des picotements sur la peau et une immense lassitude. Je ne supporte plus les appareils électriques. »
L'enseignante éprouve un malaise à proximité des ordinateurs, des photocopieuses et même des lampes halogènes ou des néons. « Ma maison est devenue un lieu infernal. La nuit, je coupe l'électricité. »
Adhérente de l'association Priartem (Pour une réglementation des implantations d'antennes relais de téléphone mobile), Aline a rencontré d'autres « électrohypersensibles » dont quelques-uns ont aménagé spécialement leur cave ou leur garage… et dorment dedans.
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Douze consignes pour se protéger
Le Criirem, Centre de recherche et d'information indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques, publie une douzaine de recommandations :
• Pas de mobile pour les moins de quinze ans. La croissance de leur organisme les rend vulnérables à tous les rayonnements électromagnétiques.
• Ne pas approcher un mobile du ventre d'une femme enceinte ou à moins de 20 cm de tout implant métallique, cardiaque ou autre.
• Choisir un appareil dont la valeur de Das (débit d'absorption spécifique exprimée en watt par kilo) est inférieure à 0,7w/kg. La limite européenne est fixée à 2w/kg. Le Das traduit la quantité maximum de puissance pouvant être absorbée par les tissus. Au hit-parade des mobiles, le modèle Philips 362 avec 0,124 w/kg arrive en tête. Le plus nocif serait le modèle Alcatel OT301 avec 1,480 w/kg.
• Ne pas porter son mobile à hauteur du cœur, l'aisselle, la hanche, les parties génitales.
• Utiliser le kit piéton livré avec l'appareil pour tenir l'appareil éloigné de votre cerveau.
• Limiter le nombre et la durée de vos appels.
• Ne téléphoner que dans des conditions de réception maximum.
• Ne pas téléphoner en vous déplaçant à pied, ni en train, voiture ou bus…
• Ne pas téléphoner en voiture, même à l'arrêt ou dans toute autre infrastructure métallique qui fait cage de Faraday.
• Éloigner le mobile de vous et le maintenir à la verticale tant que la première sonnerie n'a pas retenti.
• S'éloigner permet d'éviter l'exposition passive subie par vos voisins.
• La nuit, ne jamais conserver un téléphone mobile allumé ou en recharge à moins de 50 centimètres de votre tête. Toujours l'éteindre pour limiter son rayonnement et celui de l'antenne relais avec laquelle il communique.
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Une antenne près de chez vous
Pour connaître la mesure du champ électromagnétique émis par l'antenne-relais la plus proche de votre domicile, le site internet de l'ANFR, Agence nationale des fréquences, a listé toutes les mesures par département et par commune accueillant une antenne-relais.
Il vous suffit de vous rendre sur le site ANFR, rubrique « mesures de champs magnétiques ». Une carte de France apparaît. Cliquez sur votre département. Vous trouverez commune par commune, la mesure de chacune des antennes-relais dont l'adresse est mentionnée. En cliquant sur la mesure, vous avez accès à la fiche complète de votre antenne : hauteur de l'émetteur, hauteur du point de mesure, niveau du champ électrique mesuré par rapport à la valeur limite fixée par décret.
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