Publié le samedi 13 octobre 2007 à 01H00 - Vu 1326 fois
A Charleville-Mézières, 58 des 74 appartements de la tour de Bourgogne sont déjà vendus. Angel GARCIA
Angel Garcia
LE Foyer rémois, une coopérative d’HLM, vient de créer une filiale spécialisée dans l’accession sociale à la propriété. Depuis mai, cette structure a vendu 33 logements, dont 15 % à leurs occupants. Ces anciens locataires ont sans doute réalisé « le rêve de leur vie », comme le suggère Stanislas Varangot, président du directoire d’Immocoop.
A quel prix ? 84.563 € pour un T3 de 54m2 à Wilson, 151.450 € pour un pavillon T5 construit il y a une cinquantaine d’années dans le quartier de l’Europe.
Près de 1.600 € le m2 dans une zone dite sensible, est-ce vraiment une affaire ? Le responsable d’Immocoop préfère envisager la question sous un angle différent : « Les appartements situés à Wilson, Orgeval ou Croix-Rouge sont ceux qui se vendent le plus vite parce qu’ils s’adressent à des gens qui sont très attachés à leur quartier ».
La situation est similaire à Amiens, où l’Opac gère un parc de 13.700 logements, dont 95 % en pleine ville. Sur 1.400 maisons environ, 270 sont à vendre. C’est un chiffre théorique : on estime qu’un locataire sur quatre concrétisera son désir d’accession.
« Hors de question de brader »
Il faut dire que le ticket d’entrée n’est pas spécialement bon marché. Compter 106.000 € pour un pavillon de 80m2 avec jardinet dans le quartier sud. A condition de l’habiter depuis au moins 20 ans, car l’ancienneté dans le logement influe sensiblement sur le prix. Un locataire qui serait depuis peu dans les lieux devrait débourser 20.000 € de plus pour le même bien.
« Il est hors de question de brader », reconnaît Jean-Pierre Bachelay, le directeur général de l’Opac. D’une part, l’office perçoit toujours des loyers. D’autre part, les prix, indexés sur l’estimation des Domaines, seraient déjà inférieurs à la réalité du marché. « Les accédants pourraient revendre plus cher », assure M.Bachelay.
Impossible de le vérifier. Seuls deux actes et cinq compromis sont signés à ce jour. En outre, une clause empêche toute velléité de spéculation dans un délai de cinq ans.
« Déjà remboursés »
L’association CLCV (consommation, logement et cadre de vie) attire régulièrement l’attention de ses adhérents sur les dépenses supplémentaires que l’accession à la propriété ne manque pas d’entraîner. Il y a bien sûr la taxe foncière, mais également les travaux d’entretien et les frais de copropriété. Le syndic étant souvent représenté par une filiale de l’organisme HLM. « Ces logements ont déjà été largement remboursés. On les revend pourtant à des gens qui les louent depuis dix ou vingt ans », constate Jacques Welch, le représentant de la CLCV dans la Marne.
L’âge et le niveau de ressources des locataires sont deux freins importants. Il est évidemment difficile, à l’approche de la retraite, de contracter un emprunt. Ce sont parfois les enfants qui reprennent le logement. A Reims, le président d’Immocoop rappelle que le produit de la vente sert à financer d’autres programmes : « Grâce au jeu des emprunts, la cession d’un logement permet d’en construire deux nouveaux ».
Un argument qui ne convainc ni la CLCV, ni Thomas Rose, porte-parole de Lutte Ouvrière. Ce dernier estime que « le projet du gouvernement ne suffira en aucun cas à résoudre la crise du logement ».
Franck Leclerc
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Du rêve à la réalité
Dans l’Aisne, Unilogi propose en permanence 300 logements à la vente. Seules 25 à 30 transactions sont conclues dans l’année. « Il y a des gens qui ne voient plus la nécessité d’acheter. Mais il y a aussi ceux dont les petites retraites ne permettent pas d’emprunter », explique Mélanie Prévost, la directrice commerciale.
Les prix, calculés sur la base de l’estimation des Domaines avec une tolérance de 10 à 35 % environ, paraissent assez motivants. Un exemple : 57.500 € pour une maison à proximité de la gare de Saint-Quentin.
Mme Prévost le reconnaît : « Nous vendons en priorité des biens qui commencent à vieillir, dans lesquels il faudrait investir, et qui ne concentrent pas l’essentiel de la demande en matière de location ».
Un jeune couple confirme : « Nous avons pu acheter, il y a quelques mois, une maison de 85m2 dont nous étions locataires depuis deux ans. Le quartier est calme, mais les voies ferrées sont proches de la cour et on sent les vibrations au passage de chaque train. Pour nous, c’est un achat de transition. Un tremplin pour la maison définitive que nous chercherons dans quelques années.
On ne conseillerait pas ce genre d’acquisition à quelqu’un qui ne serait pas bricoleur : il a fallu faire le ravalement, changer les carrelages, qui étaient posés sur du sable, rénover entièrement la salle de bains, refaire les peintures. On a aussi changé toutes les fenêtres, qui étaient pourries : quand il y avait un coup de vent, on voyait bouger les rideaux… »
Une tour très demandée
A Charleville-Mézières, la tour de Bourgogne, située à proximité de la préfecture, a toujours rencontré beaucoup de succès. Espace Habitat y commercialise des logements depuis près de vingt ans. A ce jour, 58 appartements sont vendus sur un total de 74. Les prix sont compris entre 58.000et 82.000 €, soit environ 800 € le m2.
« Les gens qui ont acheté il y a sept ou huit ans revendent avec une plus-value de 20 à 25 % », souligne Bruno Mouton, le président d’Espace Habitat, qui ajoute : « Notre objectif n’est pas de faire des affaires ou d’en faire faire aux clients. Il s’agit plutôt d’assurer un équilibre et de favoriser la mixité sociale ».
Jean-Florent, 53 ans, est propriétaire d’un appartement de 98m2 depuis seulement quelques mois. Il dit avoir eu beaucoup de chance, même si « la locataire précédente avait laissé le logement dans un état de délabrement avancé ». Il remboursera 700 € par mois pendant 15 ans. Soit 100 € de plus que le montant du loyer qu’il versait.
Jean-Florent doit également compter avec les charges de copropriété, « 720 € par trimestre, y compris le chauffage », et les impôts, qui s’élèveraient à « 2.000 € par an pour la taxe foncière et la taxe d’habitation ». Son nouveau statut de propriétaire le ravit : « Ici, les gens se respectent et ils respectent l’habitat. Ils savent que s’ils commettaient des dégâts, ce serait comme s’ils se tapaient eux-mêmes sur les doigts ».
« Des murs à nous »
A Reims, Akli, 38 ans, a pu acquérir l’an dernier un appartement de 80m2 au « Polygone », près de la faculté de lettres et de droit. L’Effort rémois en demandait 93.000 €. « Une bonne affaire », pour Akli : « Pour le même prix, je n’aurais eu qu’un T2 dans le privé ».
Akli s’est endetté pour 15 ans. Il rembourse avec son épouse 600 € par mois, sans compter 200 € de charges incluant le chauffage, l’ascenseur, l’entretien des communs. « On est propriétaires, on a des murs à nous », se félicite Akli, qui ne regrette pas son investissement.
Environnement agréable, voisinage sympathique : « Nous avons été très bien accueillis dans cet immeuble d’une vingtaine d’appartements où 30 % des occupants sont propriétaires. Nous avons eu de la chance. Les locataires qui sont là depuis longtemps auraient bien aimé qu’à l’époque, on leur propose d’acquérir leur logement ».
F.L.
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Nathalie : « Une chance »
Son appartement, Nathalie l’a attendu pendant quatre ans. Après avoir décliné des propositions dans les quartiers Orgeval et Châtillons, cette jeune Rémoise a trouvé son bonheur sous la forme d’un T3 de 67m2, situé au bout de l’avenue Jean-Jaurès. 113.000€. Elle a sauté le pas au mois de janvier.
« Pour moi, c’était une chance. Je n’aurais eu qu’un studio ou un T1 dans le privé », calcule Nathalie, qui était locataire de l’Effort rémois depuis 1999.
Nathalie a déjà entrepris une rénovation complète de son trois-pièces. Le papier peint marron très typé années 80 a laissé la place à des murs blancs. Carrelage et parquet flottant remplacent les vieux linos.
Entre-temps, le poste logement a augmenté de 50 % dans le budget de Nathalie : c’est le prix à payer pour l’accession à la propriété. Il faut notamment compter avec les charges mensuelles (120€) et la taxe foncière.
« Je suis chez moi, je décore comme je veux et, finalement, c’est un investissement », résume la jeune femme, qui ne tarit pas d’éloges sur son nouveau lieu de vie, « convivial, familial et chaleureux ».
F.L.
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Controverses
La Confédération générale du logement (CGL) s’est prononcée « contre la vente massive de logements sociaux » lors du congrès de l’Union sociale pour l’habitat, le mois dernier à Lyon. Elle dénonce « une vaste opération de vente des logements sociaux (qui) se prépare sous le faux prétexte de faciliter l’accession à la propriété du plus grand nombre ».
La réalité serait plus crue : « Il s’agit d’accompagner le désengagement de l’État. » Selon la CGL, la politique que prépare le gouvernement « augmentera l’endettement des Français ». Elle plaide pour « un entretien correct du patrimoine », pour « des réhabilitations de qualité » et pour « des loyers accessibles à tous ».
En 2006, seuls 5.600 logements sociaux ont été vendus, soit 10 à 12 % de plus que la moyenne des années précédentes.
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