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LE DOSSIER DU JOUR / Absentéisme : ras le bol de l’école !

Publié le vendredi 18 janvier 2008 à 01H00 - Vu 108 fois


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Quatre fois par mois, un collégien ou un lycéen sur deux ne répond pas à l'appel. Une estimation encore plus préoccupante dans les lycées professionnels. Qui sont-ils ? Que font-ils quand ils sèchent les cours. que risquent les parnts? Les directeurs d'établissement réagissent.

Quatre fois par mois, un collégien ou un lycéen sur deux ne répond pas à l'appel. Une estimation encore plus préoccupante dans les lycées professionnels. Qui sont-ils ? Que font-ils quand ils sèchent les cours. que risquent les parnts? Les directeurs d'établissement réagissent.

Christian Lantenois


Certains élèves ratent quelques demi-journées d’école par-ci par-là. D’autres jusqu’à trois ou quatre mois en absences cumulées, soit près de la moitié d’une année scolaire ! Pour ces cas extrêmes, près de 140 parents ont été convoqués, l’an dernier, par les inspections académiques de l’Aisne, des Ardennes et de la Marne. Certes marginaux, ils rendent compte d’un malaise préoccupant.
Même si tous les enfants ne s’ennuient pas à l’école, le nombre des « sécheurs » augmente. Un rapport du ministère de l’Éducation nationale le confirme. Selon lui, 5 % des collégiens et lycéens s’absentent plus de quatre demi-journées par mois, sans justificatif. Cette évaluation dépasse les précédentes estimations qui faisaient état, ces dernières années, d’un absentéisme tournant autour de 1 à 2 % des jeunes.
Le phénomène touche surtout les lycées professionnels où 10 % des élèves font régulièrement l’école buissonnière. Dans les collèges et les lycées généraux, l’absentéisme connaît des pics importants en janvier et mars : entre 2,5 % et 5 %.
Dans cette page, nous expliquons pourquoi de plus en plus de jeunes désertent l’école, ce que risquent les parents et comment des enseignants, à Château-Thierry, Sedan ou Reims, luttent contre l’absentéisme de leurs élèves.

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Une classe pour retrouver le chemin du collège

ILS sont particulièrement attentifs aux conseils de l’instructeur. Et pour une fois, ils se taisent. Bien droits sur leurs chevaux, rennes en main, les sept élèves de Ludovic Veys n’ont pas manqué cette première leçon d’équitation mardi. Le collège comme ça, évidemment ça leur plaît.
« C’est difficile pour eux de rester une heure en cours. Leur parcours scolaire est émaillé de longues périodes d’exclusion dans le bureau de la vie scolaire ou en permanence. Si on ne leur avait pas proposé de rejoindre une classe relais, ils ne viendraient plus au collège. »
Le jeune professeur des écoles n’est pas un enseignant comme les autres. « Dès ma sortie de l’IUFM de Laon il y a trois ans, j’ai choisi de travailler avec des élèves en difficulté. » Il a donc pris en charge volontairement la classe relais du collège Jean-Rostand de Château-Thierry dans l’Aisne. Il n’existe que deux autres classes de ce type dans le département, à Saint-Quentin et à Soissons. Elles sont financées par les fonds sociaux européens.
Ses élèves ont entre 14 et 16 ans. Ils sont de niveau 4e ou 3e. S’ils manquaient régulièrement la classe dans leur collège d’origine, ici, pas question d’absence. Ils signent un contrat d’assiduité et tout manquement les exclut automatiquement de cette parenthèse qui doit leur permettre de reprendre pied.
« L’école ça ne sert à rien »
« Nous sommes toujours deux adultes dans la classe parce qu’ils requièrent une attention de tous les instants. » Quatre personnes se partagent le temps scolaire et hors scolaire : le professeur des écoles, l’éducatrice spécialisée, l’éducatrice de la protection judiciaire de la jeunesse qui intervient auprès des familles et une assistante d’éducation.
Ce sont des troubles du comportement qui ont mené ces enfants à l’absentéisme et à l’échec. Tous ont des capacités parfaitement normales pour apprendre. Certains ont des histoires familiales terribles. Ils ont parfois déjà des problèmes avec la justice. Les parents souvent ne gèrent plus la situation.
S’ils réapprennent les règles de base de la vie en groupe, les collégiens bénéficient d’une remise à niveau individuelle. Un programme à la carte le matin. L’après-midi, Paula Moreira, éducatrice, gère les activités en dehors de la classe. L’équitation et le théâtre devraient les aider à reprendre confiance, à s’épanouir. Ancienne animatrice de quartier, Paula connaît bien ces adolescents en rupture scolaire.
« Quand ils ne sont pas en classe, ils zonent. Ils se retrouvent en ville ou bien ils restent simplement à la maison avec leurs jeux vidéo. Ils n’ont pas de repères éducatifs et se désintéressent de tout. Pour eux, « l’école ça ne sert à rien ». »
« Il n’y a pas de miracle », constate le jeune prof qui déjeune chaque jour avec ses élèves. Pas de miracle, mais chaque retour réussi dans leur collège est une petite victoire.
Françoise Kunzé

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Comment ils sont repérés

Près de la moitié des familles touchées par l’absentéisme scolaire sont monoparentales. Dans l’Aisne, par exemple, 43 % des familles concernées sont dans ce cas, selon l’inspection académique qui a envoyé l’an dernier près de 300 courriers aux parents pour les alerter sur les absences répétées de leurs enfants. Sur ce nombre, 37 familles ont été convoquées pour s’expliquer.
Durant la même période, l’inspection académique des Ardennes a convoqué 61 familles et celle de la Marne 37. Dans ce département, près de 25 dossiers ont été transmis au procureur de la République. Aucun ne l’a été dans l’Aisne et les Ardennes.
Depuis 2004, une nouvelle procédure de signalement a été arrêtée en concertation avec les ministères de l’Éducation et de la Justice, les syndicats enseignants, les associations de parents et les mouvements familiaux.
De l’établissement chargé de donner une première alerte, à l’inspection académique jusqu’au parquet, saisi des cas les plus graves, trois étapes ponctuent donc la progression de ce signalement. Si en dépit de ces mesures, l’assiduité de l’élève n’est pas restaurée, les parents encourent une amende maximale de 750 euros.
Qualifiée « d’injuste et d’inefficace » par le précédent gouvernement, la suppression ou la suspension des allocations familiales a été supprimée en janvier 2004.
G.G.

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Les parents risquent une amende

Quand l’absentéisme perdure malgré toutes les interventions de l’inspection académique auprès des parents, le procureur de la République est saisi.
« Une enquête pénale est menée par les services de police ou de gendarmerie », indique Doriane Trombi, substitut du procureur de Reims déléguée aux mineurs. « Nous vérifions notamment les justificatifs, les certificats médicaux, la situation de l’élève. »
Le non respect par les parents de l’assiduité scolaire est une infraction passible d’une contravention prononcée par le tribunal de police. En cas de condamnation pour motif non valable ou inexact des absences, une amende de 750 euros peut être infligée.
« Une décision d’assistance éducative peut être prise ou l’obligation pour les parents ou les personnes exerçant l’autorité parentale, de suivre un stage parental de responsabilité. »
Ce stage est collectif et rappelle aux parents leurs obligations et leurs devoirs. Il peut être une alternative aux poursuites.
Il y a plus grave : ne pas inscrire son enfant de moins de 16 ans à l’école n’est pas une infraction mais un délit passible de six mois de prison et de 7.500 euros d’amende.
F.K.

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Trois abonnés absents

Trois élèves du LP du Château à Sedan, Julie, David, Michel disent pourquoi ils sèchent ou ont souvent séché les cours.
Julie, 20 ans : « J’aimais pas l’ambiance ! »
« L’an dernier, j’étais en 1re pro. J’ai dû rater de trois à quatre mois de cours, à peu près la moitié de l’année scolaire. Je n’aimais pas l’ambiance de la classe. Les autres élèves étaient plus jeunes que moi, je les trouvais immatures, inintéressants. Je m’ennuyais. Je préférais rester à la maison. En général, je ne faisais rien, je regardais la télé. J’habite à Sedan mais ma mère travaille à Charleville. Elle n’était pas toujours au courant de mes absences. Quand elle l’apprenait, elle me soufflait dans les bronches mais ça ne servait pas à grand-chose. Cette année, le lycée m’a fait signer une lettre dans laquelle je m’engage à suivre les cours. Je me sens mieux mais je sais que j’aurai du mal à avoir mon bac, à cause de toutes ces heures perdues ».
Michel, 18 ans : « Je zappe ce qui ne m’intéresse pas »
« Je manque régulièrement une journée ou deux par semaine. Souvent parce que je n’ai pas envie de me taper une heure de bus entre Charleville où j’habite et Sedan. Entre 6heures du matin et 19heures le soir, les journées sont longues. Je m’arrange toujours pour zapper les cours qui ne m’intéressent pas. Je n’ai rien contre les maths, l’histoire ou les arts plastiques, mais comme ces matières sont affectées d’un coefficient 1 au bac pro, je ne risque pas grand-chose. J’ai des facilités dans les autres matières. Je sais que je m’en sortirai toujours. En revanche, je ne peux pas manquer une seule journée de stage, sinon il ne serait pas validé. Je n’ai pas à me forcer d’ailleurs. C’est incontestablement la partie la plus motivante du bac pro ».
David, 20 ans : « Trop fatigué »
« Moi aussi, je choisis mes jours. En bac pro commercial, on peut se permettre de sécher les arts plastiques, mais pas les journées de stage. Et puis franchement, il m’arrive de ne pas avoir envie d’aller en classe. J’habite Fumay. Je me lève à 5heures, je prends le train à 5 h 40 pour être à Sedan à 7 h 15. Les cours commencent à 8heures jusqu’à 17 h 30. Je ne reviens jamais chez moi avant 19 h 30, parfois plus tard. Quand je sèche, le lycée avertit mes parents par courrier. Mais ils s’en foutent un peu. De toute façon, s’ils me disaient quelque chose, ça ne changerait rien. J’ai déjà raté le bac pro l’an dernier. Je sais que c’est à cause de mes absences, mais j’assume ».

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Pour ou contre l’alerte des parents par SMS

Pour prévenir les parents le plus rapidement possible de l’absence de leur enfant, certains établissements scolaires utilisent le SMS.
Un texto est immédiatement envoyé sur le téléphone portable des parents. Ce fut le cas pour une trentaine de collèges de la Somme grâce à un dispositif mis en place par le conseil général qui a financé jusqu’à 12.000 euros le coût d’envoi des messages l’an dernier.
Mais un nouveau logiciel de gestion de la vie scolaire intègre désormais la gestion des absences. Il est largement utilisé pour l’alerte par SMS en cas d’absence, par la plupart des collèges du département.
Très en avance sur toutes les technologies de la communication et notamment par l’envoi des notes des élèves aux parents sur internet, le lycée Libergier de Reims a choisi de ne pas utiliser le SMS dans la gestion de l’absentéisme scolaire.
« Nous préférons un appel téléphonique dès 8heures », commente Alain Mandra, proviseur adjoint qui invoque plusieurs raisons : le coût trop important du SMS, les numéros de portable des parents qui changent trop souvent, le fait que le portable s’échange dans les familles et surtout l’absence de dialogue immédiat. « Le fait d’avoir un interlocuteur tout de suite nous permet de mieux gérer la gravité du motif de l’absence et peut éviter l’envoi d’un courrier par exemple. »
Joëlle Koebel, principale du collège Jean-Rostand de Château-Thierry préfère elle aussi le coup de fil : « Tous les parents n’ont pas de portable et c’est toujours mieux de parler en direct».

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Une CPE : « L’affaire de tous »

Trois questions à Valérie Akdhar, conseillère pédagogique d’éducation au lycée professionnel du Château à Sedan.
Quelles sont les raisons de l’absentéisme ?
Il y en a essentiellement trois. La première concerne les élèves orientés par défaut. Ils envisageaient l’apprentissage mais faute de trouver un maître de stage dans des métiers très encombrés – coiffure ou vente, notamment –, ils échouent en LP par hasard et s’y ennuient. Deuxième raison : les élèves qui n’ont pas le niveau pour suivre une seconde générale, ni envie d’intégrer la voie professionnelle. L’obligation scolaire les oblige à se maintenir dans un univers pour lequel ils ne sont pas faits. Troisième raison : le contexte économique. Quand on est seul à se lever le matin à 5heures pour prendre son train, certains jours, on préfère rester chez soi.
En LP, les élèves sont souvent majeurs. Sont-ils plus absents que d’autres ?
Curieusement, non. Nous avons davantage de problèmes avec des jeunes de 14 ou 15 ans qui peinent à trouver leurs marques. La priorité des lycéens majeurs est de travailler pour gagner leur vie. Ils désertent le lycée avec l’espoir illusoire de trouver un stage rémunéré. Quand ils n’ont rien trouvé, ils reviennent. Un an plus tard, on les retrouve davantage motivés, avec un vrai projet.
Comment lutter contre l’absentéisme ?
Seuls, les enseignants ne peuvent pas tout. Si un parent ou un élève majeur, pour justifier une absence, invoque la maladie, on est obligés de les croire puisque le certificat médical n’est exigible qu’en cas de maladies contagieuses. Et que faire quand tel parent assure que son enfant est indisposé alors qu’on l’a vu se promener en ville ? Pour le reste, cette lutte est l’affaire de tous : profs, parents, CPE, personnel médical, assistantes sociales… Il faut aussi veiller à améliorer les conditions de vie dans l’établissement même. L’existence d’un foyer socio-éducatif, d’activités musicales ou sportives entre les cours, la mise à disposition d‘ordinateurs, c‘est une manière de dire aux élèves : vous fuyez les cours de peur de vous ennuyer, mais en réalité, vous vous ennuierez si vous ne venez pas.
Recueilli par G.G

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