Publié le vendredi 27 novembre 2009
« S'il y a eu des troubles, c'est seulement parce que des jeunes se sont amusés à caillasser la police. »
POUR Jean-Jacques Dron, directeur départemental de la sécurité publique, il n'y a eu ni bavure, ni dérapage. C'est lui qui a géré de A à Z la venue du Premier ministre jeudi dernier. Y compris l'épisode de la visite au lycée Roosevelt. « Si les choses étaient à refaire, on referait exactement la même chose car tout a été fait dans les règles. »
Voilà ce qui s'est passé selon sa version : peu avant 14 heures, le commissaire prend contact avec le proviseur du lycée et lui demande à quelle heure les élèves seront tous rentrés pour pouvoir installer le périmètre de sécurité. « J'apprends qu'il y a des manifestants devant le lycée avec parmi eux quelques fauteurs de troubles patentés du NPA*. Ils sont trop près de l'entrée de l'établissement. Je ne peux pas prendre le risque que le Premier ministre reçoive une pierre. »
Dans un premier temps, le directeur de la police envoie deux agents dits urbains : « Ils demandent aux jeunes de reculer mais ils ne bougent pas ». Il va pourtant falloir les faire reculer jusqu'à l'intersection avec l'avenue de Laon. Pas le choix. « On prend contact avec le proviseur qui nous dit que tous ceux qui doivent aller en cours sont rentrés et que ceux qui sont encore dehors ne bougeront plus. Je donne alors le signal de les faire reculer. » C'est alors qu'un cordon de gendarmes avance vers les jeunes en les forçant à reculer. « Ce n'était en aucun cas une charge policière. Les parents qui ne me croient pas peuvent aller voir les vidéos sur Youtube, on y voit très bien le dérouler de l'action. »
« Ceux qui racontent n'étaient pas là »
À quel moment l'ambiance change-t-elle ? « Au moment où les jeunes arrivent à hauteur du pont, dans les travaux, certains se mettent à jeter des pierres sur les gendarmes. Ces derniers ont alors consigne de les interpeller. » Des interpellations qui, toujours selon Jean-Jacques Dron, n'apparaissent violentes que quand les jeunes se rebellent. « Et encore. S'ils étaient dans l'obligation d'utiliser leur matraque, les gendarmes avaient pour consigne de taper le moins fort possible. » Arrestation, transfert vers le commissariat. Ensuite c'est la phase judiciaire qui prend le relais.
Jean-Jacques Dron affirme que les professeurs qui s'expriment beaucoup aujourd'hui n'étaient pas présents lors de l'intervention de la police. « Et pour cause, ils attendaient le ministre à l'intérieur. D'ailleurs la plupart des gens qui racontent n'étaient pas là et ceux qui exagèrent sont excités et récupérés par le NPA qui se nourrit de ce genre d'affaire. » Quant aux professeurs qui s'insurgent aujourd'hui : « Ils ne se rendent pas compte qu'ils sapent leur propre autorité sur du long terme. Comment tiendront-ils ensuite leur classe s'ils passent leur temps à diffamer la police ? »
Aux parents, Jean-Jacques Dron veut dire que leurs enfants ne disent peut-être pas toujours la vérité. « Tous les jeunes qui ont été arrêtés l'ont été parce qu'ils avaient jeté des projectiles. Seulement il est plus facile de raconter que les policiers ont été violents. J'ajoute que sans les caillassages, les élèves seraient restés sur la route et rien de plus ne se serait passé. »
C.F.
*Nouveau parti anticapitaliste, parti d'extrême gauche.
Son avenir compromis
Damien Laugier voulait devenir inspecteur du travail plus tard. Il suit des études d’économie et de gestion pour y parvenir. Depuis une semaine et sa condamnation à plusieurs mois de prison avec sursis, son avenir dans la fonction publique est compromis. « Je suis révolté car je ne comprends toujours pas pourquoi j’ai été condamné. » L’étudiant se trouvait à Roosevelt jeudi dernier en tant que militant du NPA. « Quand j’ai été arrêté, je ne me suis pas inquiété car je savais que je n’avais rien fait. Quand j’ai demandé à quel titre ils m’emmenaient, on m’a répondu que j’avais jeté des projectiles et que 56 gendarmes m’avaient vu le faire. J’ai alors compris qu’on allait m’inculper pour un truc que j’avais pas fait ».
Dans ce cas, l’étudiant aurait pu demander à ne pas être jugé en comparution immédiate mais prendre le temps de préparer sa défense. Il a au contraire accepté de passer devant le juge dès le lendemain des faits : « Ils m’ont mis la pression en me disant que j’irais en prison faire de la préventive si je refusais d’être jugé. Du coup j’ai accepté ».
Les profs assis dans la rue
François Fillon va recevoir du courrier. Les jeunes de Roosevelt ont été invités par leurs profs, hier, à coucher sur papier ce qu’ils ont ressenti après leurs démêlées avec la police, jeudi dernier, à l’occasion de la venue du Premier ministre. Cette proposition leur a été faite lors du sit-in organisé hier entre midi et deux devant l’établissement par les profs et les parents d’élèves via le Snes, l’Appel et la Peep. Elle a réuni une cinquantaine de participants.
« Notre but aujourd’hui est d’obtenir l’abandon des poursuites pour tous les jeunes qui ont été violentés », a lâché une prof d’Anglais Snes de Roosevelt, qui s’est déclarée encore choquée par les scènes « surréalistes » dont elle a été témoin. « Je ne peux effacer de ma mémoire l’image d’un gosse plaqué au sol, les mains maintenues derrière le dos et matraqué. Alors qu’il n’avait rien fait. Certains des gamins condamnés ne pourront pas passer les concours administratifs à cause de cette charge policière sans sommation. C’est inadmissible. »
Pour les élèves déjà condamnés (lire par ailleurs), les avocats vont faire appel. Pour les autres, parents et profs exigent qu’aucune trace juridique ne subsiste dans le dossier des jeunes. Un appel aux témoignages a été lancé pour alimenter les plaidoiries des avocats et une souscription a été ouverte pour récolter des fonds destinés à payer ces mêmes avocats. Une pétition a également commencé à circuler.




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