Publié le lundi 24 mars 2008
« La collectivité » va peut-être être amenée à « prendre en charge » la lutte contre une faillite du système bancaire, a averti Dominique Strauss-Kahn, directeur du Fonds monétaire international.
STEPHEN JAFFE
SI l'option d'un sauvetage des banques sur les deniers publics peut s'avérer extrêmement coûteuse, elle pourrait permettre d'éviter des conséquences économiques graves et durables. « La collectivité » va peut-être être amenée à « prendre en charge » la lutte contre une faillite du système bancaire, a averti Dominique Strauss-Kahn, directeur du Fonds monétaire international.
« Il faut donner le signal que les autorités sont prêtes à faire ce qui est nécessaire » pour éviter un effondrement du système financier planétaire, a renchéri Angel Gurria, secrétaire général de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE).
Pour l'économiste Michel Aglietta, une telle option risque de « devenir nécessaire » : on en est à la « phase pénultième avant une socialisation complète des pertes des banques ».
En Allemagne, la banque IKB a déjà reçu trois fois l'aide massive de l'Etat, et le patron de Deutsche Bank Josef Ackermann a demandé une action commune de l'Etat, des banques et Banques centrales pour venir à la rescousse des établissements financiers.
La Grande-Bretagne a nationalisé la banque Northern Rock pour lui éviter la faillite mais l'addition pour les contribuables pourrait s'élever à 55 milliards de livres (plus de 70 milliards d'euros).
Au début des années 90, le gouvernement suédois avait secouru le système bancaire en offrant sa garantie à la dette des banques commerciales, la banque centrale donnant un accès illimité au crédit.
En France, le sauvetage du Crédit Lyonnais, qui a coûté des centaines de millions d'euros, reste dans les mémoires.
Recourir à l'argent public pour empêcher la faillite de banques dont les gestionnaires ont pris des risques inconsidérés présente le danger d'encourager la poursuite de telles pratiques.
Mais le « coût social d'une faillite bancaire qui en entraîne d'autres serait bien plus important », selon M. Aglietta.
Un avis partagé par Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, pour qui les acteurs de la finance (ministres, banquiers centraux, régulateurs) doivent offrir un « soutien massif (aux) acteurs les plus en danger ».
Cela pourrait aller « jusqu'à la nationalisation » de banques ou de réhausseurs de crédit, qui ont assuré des titres adossés sur de mauvaises créances.
M. Lorenzi propose la création de fonds publics destinés à « reprendre dans leur bilan les titres les plus problématiques détenus par les établissements financiers, et dont les pertes finales seraient garanties par les Etats ».
Aux Etats-Unis, on peut envisager aussi une modification législative pour « éviter le problème des saisies et ventes forcées » de logements, qui accentuent le retournement du marché immobilier et les pertes des banques, souligne M. Aglietta.
D'après lui, le sauvetage d'une grande banque paneuropéenne serait plus difficile à gérer qu'aux Etats-Unis, « car il existe des autorités de supervision dans chaque pays dont les positions divergent ».
« S'il faut mettre à contribution des budgets nationaux, il va y avoir des batailles pour définir les pays qui doivent payer : ceux où se trouvent les filiales ou seulement la maison mère ? », argumente-t-il.





Réagissez