Publié le jeudi 22 mai 2008 à 01H00 - Vu 47 fois
1 RUE DES POISSONNIERS
Herve Oudin
UN rabbin, c'est comme un curé ou un imam, les gens ont tendance à attendre de lui un comportement exemplaire. C'est peut-être en partie pour cela qu'au 1 rue des Poissonniers, plusieurs locataires, et l'un d'eux plus particulièrement, ont du mal à supporter le bruit qui provient de l'appartement du rabbin.
D'un côté de l'immeuble, personne n'est vraiment gêné mais quasiment tous comprennent que ceux qui vivent de l'autre côté puissent estimer subir des nuisances sonores. « Ce sont des gens très gentils, mais ce sont aussi des gens très bruyants. Il suffirait de le leur faire remarquer calmement », suggère un locataire. Éric Richard affirme qu'il a essayé : « Le rabbin et sa femme ont trois filles en bas âge qu'ils laissent hurler dans la cage d'escalier. Au début, je ne disais rien, puis un jour j'ai tenté un « Pourriez-vous faire un peu moins de bruit s'il vous plaît ? » L'homme m'a souri en retour, sans vraiment répondre, et le bruit a continué. »
Pas seulement dans l'escalier : « J'habite deux étages en dessous et pourtant, je subis un raffut du diable. On entend les enfants courir à longueur de journée et le soir, souvent jusqu'à 23 heures ou minuit. En plus, je retrouve des déchets sur mon avancée de toit de cuisine qui ne tombent pas du ciel… »
Juste en dessous de la famille turbulente, l'appartement est à louer et aurait du mal à trouver preneur. « Les derniers qui se sont installés sont partis au bout d'une semaine. Il s'agissait de personnes qui venaient d'Israël pour travailler sur le tramway. Ils avaient été heureux d'apprendre qu'un rabbin habitait au-dessus de chez eux. Une semaine ils ont tenu ! », raconte Éric Richard.
« Des papiers partout »
Dans la cage d'escalier, une petite affichette rappelle quelques règles de propreté : « Ce local n'est pas un dépotoir, merci de bien vouloir sortir vos poubelles ». Quelqu'un a ajouté au feutre : « Même remarque pour les escaliers et le hall d'entrée ». Car les escaliers seraient souvent jonchés de « papiers de bonbons, mouchoirs… Ceux qui les jettent ne sont jamais ceux qui les ramassent ».
À l'agence immobilière qui gère l'immeuble, le problème est connu mais pas la solution : « C'est un immeuble de centre-ville, qui plus est ancien. C'est évident qu'on entend le moindre bruit ».
Du parquet, pas de double vitrage, une rampe d'escalier où certains barreaux ne tiennent plus qu'à un fil et des escaliers en bois que rien ne recouvre pour limiter le bruit.
Même un curé, par définition célibataire, arriverait à être bruyant dans ce type de bâtiment…
C.F.C'est parce que les nuisances sonores proviennent de l'appartement du rabbin qu'elles sont si mal comprises.
***
« Le voisin se comporte en gamin »
« Pour moi, ce sont des gamineries, lâche le rabbin. J'ai trois enfants, à qui il arrive, comme tous les enfants de leur âge, de crier un peu fort quand ils jouent. »
« Il n'y a en fait qu'un locataire qui se plaint. Au lieu de le dire en face, il grogne derrière sa porte. » Et ferait parfois pire : « Un jour, en sortant de l'immeuble avec ma fille à 8 h 30, nous avons reçu un verre d'eau sur la tête. Et une autre fois, nous avons retrouvé nos poussettes sous la pluie. Quelqu'un les avait mises dehors… »
Quant à ceux d'en dessous qui sont partis au bout d'une semaine : « Ce n'est pas à cause de nous qu'ils sont partis, mais à cause de lui. Ils avaient un bébé qui pleurait la nuit et l'autre donnait des coups de balai dans le plancher. »
Conclusion du rabbin : « Si ce monsieur ne supporte aucun bruit, qu'il mette des boules Quiès… »
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