Publié le vendredi 27 février 2009 à 01H00 - Vu 2 fois
A la suite d'une série de contaminations en prison par le bacille de Koch, vecteur de la tuberculose, syndicats et spécialistes mettent en lumière le déficit de prévention et les dangers sanitaires de la surpopulation carcérale. L'Observatoire international des prisons (OIP) a qualifié hier ces contaminations de « phénomène récurrent ». Le dernier cas révélé concerne cinq surveillants de la maison d'arrêt de Villepinte (Seine-Saint-Denis) contaminés par un détenu. Deux semaines avant, ce sont 6 ou 7 surveillants de Moulins (Allier) qui avaient contracté le germe. En mars 2008, un cas avait été détecté Villeneuve-lès-Maguelonne (Hérault).
« C'est un problème de santé publique », a estimé la ministre de la Justice Rachida Dati, annonçant avoir « écrit à Roselyne Bachelot » (ministre de la Santé) et soulignant qu'il n'y avait « pas de médecine pénitentiaire ».
Ces contaminations « nécessitent de grosses prises en charge et un suivi », explique le secrétaire général de l'Ufap (1er syndicat de surveillants), Jean-François Forget. « Mais il y a un tel manque de moyens et de volonté politique que c'est géré à la petite semaine ». Son homologue de FO-Pénitentiaire Christophe Marques parle d'un « scandale sanitaire », d'autant qu'une « circulaire ambitieuse » sur la lutte contre la tuberculose en prison a été diffusée en juin 2007, mais « n'est pas appliquée faute de moyens budgétaires ».
Cette circulaire rappelle que si le taux d'incidence de la tuberculose est de 10,2 pour 100.000 habitants en France métropolitaine, elle atteint 72 pour 100.000 en prison, un chiffre « probablement sous-estimé ».
Elle note aussi que les détenus « appartiennent aux groupes de populations les plus exposés avant même l'incarcération » : marginaux, toxicomanes, étrangers venus d'Asie ou d'Afrique où la maladie est présente. « En outre, la promiscuité fréquente favorise la transmission durant la détention », note le texte.
Il y avait 63.619 détenus au 1er décembre 2008 dans les prisons françaises, pour 50.963 places. L'autre problème est le manque de personnel médical pour conduire les entretiens d'accueil et « même s'ils étaient en nombre suffisant, il manquerait des locaux médicaux pour faire face à la surpopulation », estime François Bès, coordinateur régional Ile-de-France de l'OIP.
Pour lui, la tuberculose est le phénomène le plus visible mais « il y a aussi la gale, les parasites ».
Ainsi, un bâtiment de Fleury-Mérogis (Essonne) a été signalé à la Ddass comme étant « infesté de puces et de punaises mais ne peut être désinfecté correctement faute de savoir où entasser tous les détenus », raconte M. Bès.
Pour lui, « il faut revenir à un prisonnier, une place » mais « cela demanderait de revoir complètement les politiques pénales, c'est-à-dire incarcérer moins ».
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