Publié le mardi 09 février 2010
«J'AI planté un couteau dans la gorge de mon fils. » A l'autre bout du fil, un policier. D'une voix calme, quasi mécanique, ce père de famille de 31 ans va aiguiller, par téléphone, les secours jusqu'à son domicile. Il est 16 heures, hier, lorsque policiers et sapeurs-pompiers se rendent au 31, rue d'Ostende à Saint-Quentin. Là, dans le petit studio de ce Français d'origine maghrébine, les secours trouvent la victime, un enfant de 4 ans.
Yassin, le petit garçon, est très affaibli mais il est conscient. Les médecins urgentistes du Smur de Saint-Quentin vont seconder les sapeurs-pompiers pour apporter les soins nécessaires à l'enfant avant de le transporter aux urgences du centre hospitalier de la ville.
Entre la vie et la mort
Au cou, une plaie large, profonde qui ne saigne quasi plus. « Ce qui nous laisse dire que le coup de couteau qui a, en partie, tranché la gorge de l'enfant, a été porté, de longues heures avant que l'alerte ne soit donnée », indique un secouriste, confirmant ainsi les premiers éléments recueillis par les policiers du commissariat de Saint-Quentin. « L'homme a expliqué avoir agi dimanche soir et a ensuite donné le couteau de cuisine qu'il a utilisé », indique juste le commissaire David Boileau. Amené au commissariat, Hamid, le papa, est alors placé en garde à vue pour tentative d'homicide. De ces premières heures d'audition, hier soir, les policiers n'ont rien divulgué. Voulant surtout travailler méthodiquement et le plus calmement possible dans ce dossier très sensible.
Quant à Yassin, il a été rapidement héliporté vers le CHU de Reims, son état de santé ayant été jugé critique. Hier soir, il aurait subi une opération chirurgicale mais les médecins se voulaient très pessimistes, indiquant simplement que les prochaines heures seraient cruciales pour l'enfant.
Pour comprendre ce qui s'est exactement passé, les enquêteurs se sont déplacés à nouveau, vers 20 heures, dans le petit studio où le drame se serait noué, dimanche après-midi. En présence du père qui s'était, quatre heures plus tôt, constitué prisonnier, pour ainsi dire, ils ont tenté, jusque très tard dans la nuit de reconstituer ces longues heures, une vingtaine peut-être, entre le geste inexpliqué d'un bourreau sans cœur et ce coup de fil salvateur d'un père qui voit que son fils est en train de s'enfoncer vers la mort.
« Je ne suis pas un terroriste »
Quant aux habitants du quartier, ceux rencontrés hier, inconsciemment, n'ont pas voulu croire à l'horreur qui s'est produite à côté de chez eux, sans que véritablement, ils n'aient pu soupçonner quelque chose. « Si l'enfant avait vraiment eu la gorge en partie tranchée, on aurait vu ses vêtements tachés de sang quand les secours l'ont sorti sur la civière. En plus, il était conscient. Ce ne sont que des rumeurs. » Malheureusement, pour le petit Yassin, il a bien eu la trachée sectionnée. « Il aimait tellement son fils », poursuit un riverain. « Il était en instance de divorce et ne l'avait donc que pendant les vacances scolaires. C'est un homme bien discret qui ne fréquente pas les bistrots. Il habite ici depuis un an, il est vigile et n'a jamais créé d'histoires. »
Pourtant, ils sont deux voisins à avoir constaté un changement dans son comportement depuis quelque temps. « Il disait, sans raison, qu'il n'était pas un terroriste. Depuis quelques semaines, il tenait parfois des propos incohérents. »
Aurélie BEAUSSART
et Bernard DORDONNE




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