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FOIRE DE CHÂLONS / Bruno Forget l'équilibriste

Publié le mardi 26 août 2008 - Vu 154 fois


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Commissaire général, Bruno Forget connaît sa foire sur le bout des doigts. Tout petit, il voulait déjà s'en occuper. Photo : Hervé Oudin.

Commissaire général, Bruno Forget connaît sa foire sur le bout des doigts. Tout petit, il voulait déjà s'en occuper. Photo : Hervé Oudin.

Herve Oudin


L'ENTHOUSIASME est apparemment intact. A son bureau de l'UCIA aux aurores, il enchaîne coups de fils et rendez-vous avec l'assurance d'un directeur qui connaît son affaire. Seize ans déjà aux commandes de l'une des cinq plus grosses foires de France. Mais pas de routine installée afin d'accompagner les évolutions de ce grand rendez-vous régional. « Il ne faut pas devenir ennuyeux, c'est une question d'équilibre ».
Le commissaire mesure les risques qui pourraient ruiner les atouts majeurs d'une manifestation avant tout populaire. « Comme dirait Domenech, on garde les fondamentaux que sont le volet agricole et le côté convivial. Car on achète bien là où l'on se sent bien ». Avec aussi les grands concerts du soir qui mettent des vedettes à la portéede toutes les bourses (3 euros en semaine).
Pédagogique et ludique
L'expérience a forgé son intuition. Pour rester dans le peloton de tête de foires-expos souvent en difficulté, il fallait évoluer. Le développement durable lui en offre une opportunité qu'il sert à la sauce châlonnaise à plus de 200.000 visiteurs. « L'objectif est devenu qualitatif ».
La fréquentation est à son palier de croisière. « On aborde le développement durable de manière concrète, avec les panneaux photovoltaïques, la récupération de l'eau, l'isolation, etc ». Son message tient en deux mots : pédagogique et ludique. « C'est l'exemple des services de l'État sur la foire. Le succès ne serait pas le même si la préfecture organisait des portes ouvertes »…
La foire de Châlons veut innover dans cette voie avec les 1res assises des services à la personne, une journée des conseils économiques et sociaux, etc. Et des ambitions européennes qui se traduiront cette année par une représentation du Luxembourg et de la Slovénie.
« Centre d'affaires »
Cette ouverture suppose de dépasser des clivages que Bruno Forget voudrait voir tomber. « Ce n'est pas la foire de l'UCIA mais de Châlons. Elle peut même devenir l'emblème de toute la région ». Un vœu resté pieux pour celui qui se lamente de ne pas voir les villes de la région travailler davantage en réseau. « J'ai invité la Ville de Reims à faire sa promotion sur la foire ». Cette manifestation avait déjà pris un tournant plus professionnel en restructurant son espace agricole. Bruno Forget parle aujourd'hui de « centre d'affaires » européen. « Il faut créer des passerelles ». Lui pense agro-ressources et développement durable. Un thème décidément incontournable, qu'il imagine pouvoir faire passer dans les mini-salons qui composent la foire : automobile, habitat, alimentation, bien-être… « Pourquoi ne pas décliner ces salons même en hiver ? ».
La foire veut s'imposer comme un acteur, à l'instar de la convention passée en 2007 avec le machinisme agricole et les militaires pour leur ouvrir des débouchés de carrière. Autre exemple avec l'INAO et la restauration collective pour améliorer la qualité des menus.
Toutes ces évolutions supposeront demain un parc des expositions mieux adapté. Quand ? « On parle d'une livraison en 2012 », lâche Bruno Forget, un brun dubitatif sur les choix de la Ville. Partenariat public-privé ? Du neuf dans de l'ancien ? « Sur le fond, nous sommes demandeurs depuis des années ».
Dominique Herbemont

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Son coup de cœur

« La foire est une période d’effervescence et d’enthousiasme partagé que j‘apprécie de retrouver chaque année. Même au bout de quinze ans comme commissaire général. Il y a un côté communion qui m’émerveille, comme quand je vois 20.000 personnes applaudir à un spectacle.
On sent les gens plus toniques, différents. Il y a comme une excitation pendant la foire. Il n’y a pas beaucoup de moments pendant l’année où l’on retrouve autant de partenaires rassemblés. Je souffre trop des gens qui se tirent dans les pattes à d’autres occasions. »

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Son coup de gueule

« J’adresse mon coup de gueule à partir de ce constat : on est tous à peu près d’accord pour dire que la Champagne-Ardenne souffre d’un problème d’image qui n’est pas bonne. Et après, comment réagit-on tous ensemble ?
Si toutes les collectivités et les différents partenaires concernés retroussaient les manches ensemble, comme on en ferait, de belles choses ! Pour soutenir l’aéroport de Vatry par exemple. Je ne dis pas pour autant que rien ne se fait par comparaison avec d’autres régions.
Mais la nature humaine est ainsi faite. Oui, il faudrait, à mon sens, travailler davantage en réseau. »

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Son entreprise

« Son » entreprise est une association, l’Union commerciale industrielle artisanale de Châlons-en-Champagne (UCIA) fondée en 1904. Coprésidée par Dominique Petitcolin et François Levy, elle gère la foire, qui représente sa plus importante manifestation de l’année. « Sur un budget annuel de 2,8M€, la foire représente 80 % », évalue Bruno Forget, directeur de l’UCIA et commissaire général de la foire. Côté dépenses, les frais de communication et d’animation (vedettes) pèsent du poids le plus lourd.
Les droits de place des exposants, les entrées payantes et les partenaires officiels (conseils régional, général, et Total en tête) concourent à dégager les recettes de cette manifestation qui permet à l’UCIA d’en organiser d’autres dans l’année : l’habitat en mars, les Salons de l’auto et de l’occasion, la gastronomie, le mariage en octobre, les métiers d’art…
Sans oublier le Salon des antiquaires, aussi ruineux que prestigieux. Soit une dizaine de salons au total et d’animations du centre-ville (Fêtes de printemps et du goût).
A la tête de cinq salariés, Bruno Forget se retrouve durant la foire au sommet d’une véritable PME de 120 personnes. Le statut associatif est présenté comme un atout pour réinjecter les bénéfices de la foire dans les autres manifestations. Et faire profiter le plus grand nombre d’un plateau de vedettes parfois inoubliables comme Polnareff en 2007. Un grand moment parmi les concerts.


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Un rêve de gosse réalisé

Tout gosse, il rêvait de diriger la foire de Châlons… Une vocation peu banale pour ce Châlonnais habitué à fréquenter les allées de la foire sur le Jard. « Ma mère était aide-comptable chez un concessionnaire de machinisme agricole ». Tout s'explique. Orphelin de père dès l'âge de 2 ans, il est l'aîné d'une famille plutôt tournée vers la fonction publique. Son frère est percepteur, sa sœur est contrôleur au Trésor public. Le papa fabriquait des charrues. C'est dans un milieu très modeste que Bruno Forget voit le jour à Châlons le 26 juin 1961. Études sans histoires dans le public jusqu'au bac G2 (comptabilité) décroché en 1980 au lycée Oehmichen. Ses professeurs apprécient son côté « vivant », en regrettant ses capacités inexploitées à « mieux faire ». Ado, il tape volontiers dans le ballon, avant de s'intéresser aux poètes et chanteurs rebelles de son époque. Son passage sous les drapeaux au 3e Génie lui fait réviser quelques a priori. « J'y suis, je vais en profiter », se dit, constructif, le secrétaire du mess des officiers. Après quelques semaines comme rédacteur à la SNCF, il entre au Crédit Agricole à Châlons. Comme guichetier jusqu'à franchir les échelons qui le séparent du poste de responsable marketing direct. En 1992, il a 31 ans et déjà un joli carnet d'adresses. La Jeune chambre économique et, plus tard, le Lion's club, les prud'hommes comme conseiller, la médecine du travail en tant qu'administrateur, le Centre de développement cultuel de Châlons, etc. Le départ à la retraite de Jacques d'Espardes à l'UCIA lui offre l'opportunité de réaliser un rêve. Entre-temps il s'est marié en 1987 avec une Châlonnaise comme lui, déjà croisée sur les bancs de la maternelle. Anne Forget est restée au Crédit Agricole comme responsable aux ressources humaines. Ils ont adopté en 2001 et 2005 deux enfants malgaches. Il leur consacre le plus clair de ses temps libres, sans laisser de place à l'oisiveté, qu'il exècre. Sauf pour se replonger dans la lecture et l'actualité. De préférence politique.
D.H.

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