Publié le mercredi 25 novembre 2009
L’HISTOIRE débute à la fin des années 90. A une époque où le conseil général des Ardennes profite des grandes vacances pour effectuer un grand nettoyage de printemps dans les cuisines de ses collèges, aménageant et rénovant à tour de bras. A une époque où la société carolomacérienne Saremico développe son activité « cuisine » et son département « collectivités » sous l’impulsion d’un certain Hubert Lambinet.
« Un gros bosseur qui sait faire des affaires » cet Hubert Lambinet. Et aussi un employé modèle qui acquiert un savoir-faire à force de stages et de formations. Avec lui, le département « collectivités » est florissant, au point qu’il constitue bientôt la moitié du chiffre d’affaires de Saremico. En particulier, Hubert Lambinet n’a pas son pareil pour capter les marchés du conseil général des Ardennes.
Certains de ses collègues trouvent cela un peu curieux. Ils s’interrogent parfois sur les recettes miracles qui permettent à Hubert Lambinet de faire son beurre avec le Département. Mais comme l’argent rentre dans les caisses, personne ne cherche vraiment à voir le dessous des cartes. Personne hormis ses malheureux concurrents qui soumissionnent aux appels d’offres du conseil général.
Dépôt de plainte
Certains alertent Sylvain Titeux, directeur des bâtiments départementaux de l’époque, ou encore le directeur général des services départementaux (DGSD), Yves Pardonnet. En vain. Ils n’ont pas davantage de chance avec les élus.
De guerre lasse, l’un d’eux pousse la porte du palais de justice de Charleville-Mézières et dépose une plainte au début des années 2000. Il est pris au sérieux et ne tarde pas à vider son sac devant les gendarmes de la section de recherches de Reims.
Le chef d’entreprise livre le détail des marchés litigieux que la Saremico aurait raflé depuis une petite dizaine d’années. Les militaires tiennent compte du délai de prescription de trois ans pour faire le tri. De fil en aiguille, ils découvrent que plusieurs appels d’offres sont entachés d’irrégularités, entre 1999 et 2002.
Le principe est relativement simple. Hubert Lambinet intervient en amont de la commission d’appels d’offres. C’est lui qui conseille les architectes en charge des études de faisabilité des futures cuisines et de leur batterie de contraintes techniques. Than Tran Van, informaticien et bras droit d’Hubert Lambinet chez Saremico, n’a plus qu’à se mettre devant son écran d’ordinateur pour en réaliser les plans. Un travail aux petits oignons pour les cuisines de Saremico.
Copier-coller
L’architecte détient alors un résultat proche de celui d’un bureau d’étude dont il suffira de faire un copier-coller pour constituer le CCTP. La méthode porte évidemment atteinte à la transparence de la passation des marchés publics en favorisant un type d’installation ou de produit plutôt qu’un autre, sous couvert de contraintes techniques.
C’est ainsi que les enquêteurs découvrent que Saremico a bénéficié d’informations de première main, voire même de critères discriminants pour ses concurrents lors de procédures d’appels d’offres concernant la rénovation de cuisines scolaires.
Hubert Lambinet, Than Van Tran et plusieurs architectes sont placés en garde à vue. Anselme Pascual est poursuivi pour avoir favorisé la candidature de Saremico pour les collèges de Grandpré-Buzancy et de Carignan. Béatrice Fay est mise en examen pour délit de favoritisme concernant le collège Carignan-Margut. Alain Day est soupçonné de faits identiques pour le collège de Signy-le-Petit.
Tous trois nient avoir voulu avantager le directeur du service collectivité de Saremico. Deux soulignent d’ailleurs que l’entreprise en question a échoué devant la commission d’appels d’offres pour chacun des marchés sur lesquels ils ont planché. Le cas de leur confrère Christian Vanelle, un quatrième architecte installé à Charleville-Mézières, est à part dans la mesure où celui-ci est suspecté d’avoir retenu des contraintes techniques et communiqué des tarifs propres à imposer Saremico (lire par ailleurs).
Quoi qu’il en soit, l’enquête n’a pas permis de découvrir d’éventuelles complicités au sein du conseil général que ce soit auprès du personnel ou des élus, notamment ceux qui composaient les commissions d’appels d’offres. Car l’instruction, bouclée après six longues années de gestation, et récemment transmise au parquet aux fins de règlement, n’a pas retenu de suspicion de détournement de fonds publics ou, pire, de corruption. A croire que les marchés auraient été truqués pour les beaux yeux d’Hubert Lambinet…






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