Publié le samedi 20 février 2010 à 11H00 - Vu 37 fois
Leurs tuniques fluo tranchent sur le vert des rizières. Alain Gauthier les appelle les « flamants roses ». Les détenus du centre pénitentiaire de Butare évoluent dans la ville comme des poissons dans l'eau. Des poissons sous haute surveillance, qui travaillent aux champs, curent les fossés, refont les routes. « Ils font partie du paysage. Tout juste si les passants les remarquent encore. »
Courtes ou longues peines, les génocidaires de Butare sont tous là. Près de 6 000 sur les 7 000 que compte la prison. Les autres sont des détenus de droit commun, en tunique orange, eux. À la prison aussi, Alain se rend souvent faire son « marché » de témoignages à charge. « Les petites mains du génocide supportent mal de voir les gros bras couler des jours tranquilles en exil. » Alors ils balancent.
Vue imprenable sur la perpétuité
Callixte n'a pas 35 ans. D'une écriture lente, déliée, il s'applique pour écrire ce qu'il sait du prévenu de la gacaca de Gihindamuyaga (voir par ailleurs). Les pires choses, sans doute. Il écrit en kinyarwanda. Dafroza Gauthier se chargera de traduire. Comme elle traduira le témoignage d'Innocent qui n'a de l'innocence que le nom. Les deux hommes viennent de purger près de dix ans de prison. Ils seront bientôt libres. Puis ils s'évanouiront dans la nature, rejoindre leurs complices et victimes d'hier.
À la prison de Mpanga, en revanche, ce n'est pas ce qui attend ce quinquagénaire, mais la détention à vie. Un « gros client », qui refuse d'ouvrir les lèvres et arbore un sourire narquois. Juchée sur les hauteurs de Nianza, l'ancienne cité royale, Mpanga est réservée aux détenus jugés à l'étranger, tels ces cinq génocidaires condamnés à 30 ans de détention par un tribunal de Sierra Leone. La prison a été entièrement conçue pour répondre aux normes internationales. Les Pays-Bas en financent actuellement l'extension. Une prison modèle, spacieuse, ultramoderne, avec vue imprenable sur la perpétuité.
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