Publié le lundi 27 octobre 2008 à 01H00 - Vu 174 fois
De nombreux projets d'urbanisme sont en cours même s'ils ne sont pas toujours visibles, comme ici à Velifil, rue de Guise.
Cécile Leclercq
Des reconversions souvent très difficiles et longues
Des friches industrielles, la ville de Saint-Quentin, laminée notamment par la crise de l'industrie textile, n'en manque pas. Beaucoup sont de plus placées en pleine ville, à proximité d'habitations. Source d'insécurité pour les riverains (risques de vandalisme, d'incendie, de squat ou parfois d'effondrement), leur superficie les rend particulièrement intéressantes car compte tenu du prix du terrain en ville, elles peuvent séduire de gros investisseurs en quête d'une importante opération d'urbanisme.
Gilles Tilhet, directeur de l'aménagement pour la ville, indique : « En dix ans, nous avons réduit de trois quarts le nombre de friches. Il n'en reste plus beaucoup. » De nombreux projets de réhabilitation - pour l'essentiel des logements - sont en cours, même s'ils restent encore peu visibles.
Les investisseurs doivent retrousser leurs manches pour monter leur affaire. Explications avec un notaire. « Avant toute chose, quand une usine est mise en vente, je me rends sur le site. Il faut connaître l'historique des lieux, regarder l'état du sol », souligne-t-il. En effet, il faut vérifier que le site n'a pas été pollué par l'activité industrielle ou artisanale ou que le bâtiment ne comporte pas d'amiante.
Tout un travail est alors mené avec la Drire, la sous-préfecture et la Ville sur la friche. Pour penser à une reconversion, le notaire doit aussi connaître le plan local d'urbanisme. En bref, il faut monter un dossier solide, mais aussi étudier le potentiel que peut présenter la propriété notamment en termes de réhabilitation et de construction.
Contrairement aux constructions collectives, les travaux de démolition, fort coûteux, ne sont pas subventionnés par l'Etat.
Quand le site s'étend sur plusieurs milliers de mètres carrés comme Velifil, rue de Guise, l'investissement doit être bien pensé. Des raisons qui ont ralenti la démolition, attendue depuis près de sept ans, de La Cotonnière. Des raisons pour lesquelles les investisseurs se succèdent les uns aux autres, comme pour Sidoux.
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Derrière certains sites il y a tout un patrimoine industriel
Pour Frédéric Pillet, chargé de mission pour la Ville, dans le domaine du patrimoine, les friches industrielles qui marquent le paysage urbain peuvent représenter un grand intérêt historique.
D'ailleurs la Ville ne s'est pas trompée en le recrutant pour réaliser un inventaire du patrimoine industriel de Saint-Quentin. Ses recherches donneront lieu, d'ailleurs, à un livre « Saint-Quentin, histoire et patrimoine industriel » abondamment illustré qui devrait sortir en fin d'année et si tout va bien avant Noël.
Pas moins de 125 sites dignes d'intérêt
« L'approche est purement historique », souligne-t-il. « Ce sont des sites qui sont dignes d'intérêt ». Ainsi, il a étudié de 2004 jusqu'au début de l'année 2007 en tout et pour tout 125 sites dont cinq ont été détruits avant 1914 : il en a retracé la saga industrielle et artisanale. « La plupart sont en activité ou ont été reconvertis », indique-t-il. « Peut-être 10 % d'entre eux sont à l'état de friches. Il n'y en a pas tant que cela. Nous les connaissons car les sites sont imposants ». Souvent, les gens se disent mais que fait la ville ? Les sites ont toujours un propriétaire : un promoteur, une banque liquidatrice… ». En effet, la ville ne peut pas décider à la place d'un privé.
L'historien n'est pas dupe : « Ce n'est pas la valeur patrimoniale qui guide la reconversion. » Effectivement, la valorisation d'un bâtiment ancien représente un certain coût financier, sans compter les éventuels frais de démolition, de dépollution du site.
Des reconversions remarquables
Mais, certaines opérations de reconversion restent remarquables comme, par exemple la brasserie du Nain d'Alsace. « La cheminée et les bureaux ont été conservés. Cela reste plus du domaine du symbole. C'est un bel exemple », s'exprime Frédéric Pillet.
Ce professionnel a monopolisé toute son attention sur le site de la route de Guise. « Les bâtiments en façade sont de la période Art Déco. Il s'agit de l'un des sites les plus intéressants de la ville », souligne-t-il.
Des éléments « témoins » seront sauvegardés par l'investisseur.
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Un renouveau atypique pour l'ancienne usine Motobécane
L'ancienne usine Motobécane, rue de La Fère, fait partie de l'une de ces reconversions atypiques de sites industriels inoccupés. « Le site n'est pas resté entièrement inoccupé », en convient Roland Lamy, président de l'association Loisirs et Traditions de France. En effet, l'ancienne usine textile occupée par Motobécane des années cinquante jusqu'aux années quatre-vingt, avait été utilisée ensuite durant quelques années par l'entreprise textile Delcer. Après quelques années de stand by, la société Decossin a investi le premier étage du bâtiment. L'entreprise a quitté les lieux, il y a deux ans. « Nous ne trouvions au rez-de-chaussée depuis sept ans », relate Roland Lamy, « nous nous en servions pour le stockage de matériels. » Les locaux n'ont pas subi de dégradations ni de vandalisme de fait. Ils restent malgré tout assez défraîchis avec des carreaux cassés, des murs de briques raccommodés ci ou là par de l'enduit, des parpaings, de la tôle… Ils n'ont pas non plus un intérêt architectural avec ses 2 600 m2 de bâti au sol. « C'est plus le symbole de l'ancienne usine Motobécane qui nous intéresse », répond Roland Lamy.
Musée
Depuis des mois, un «chantier-école» a été ouvert pour aménager le rez-de-chaussée en musée Motobécane mais aussi en cité des métiers d'autrefois, un projet soutenu par la ville. Cette reconversion reste particulièrement difficile. « L'usine est transformée en site touristique qui va accueillir des visiteurs. Il faut respecter les normes de sécurité », souligne Roland Lamy. « Il s'agit de la contrainte la plus conséquente ». Installer des sorties de secours, des portes coupe-feu, prévoir un plan d'évacuation… Les règles en la matière sont nombreuses et complexes à mettre en œuvre. Rien d'impossible pour l'association, qui voit en ces locaux une opportunité touristique.
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