DOSSIER DU JOUR / Pour ou contre les médicaments dans les hypermarchés ?

7 contributions

Publié le vendredi 18 avril 2008

1 2 3
Pourrons-nous bientôt aller acheter nos médicaments dans l’hypermarché du coin ? Leclerc, parti à la conquête d’un marché juteux, promet une baisse de prix substantielle. Or, les pharmaciens sont prêts à se battre pour  « la sécurité  de leurs patients ».

Pourrons-nous bientôt aller acheter nos médicaments dans l’hypermarché du coin ? Leclerc, parti à la conquête d’un marché juteux, promet une baisse de prix substantielle. Or, les pharmaciens sont prêts à se battre pour « la sécurité de leurs patients ».

LA POLEMIQUE /

POURRA-T-ON prochainement acheter des médicaments dans une grande surface ? Les centres Leclerc sont déjà en pôle position pour décrocher le marché juteux de l’automédication. Les pharmaciens veillent au grain.
C’est une première manche gagnée pour Michel-Edouard Leclerc. Le spot publicitaire actuellement diffusé sur TF1 et sur M6 plaidant la vente de médicaments dans ses grandes surfaces, a forcé le consentement du Conseil supérieur de l’audiovisuel puis du Bureau de vérification de la publicité. Malgré l’opposition de la ministre de la Santé. Le CSA, avant de céder, avait pourtant opposé que « le film ne répondait pas aux critères de définition d’une publicité puisqu’il porte sur la promotion de produits que Leclerc n’a pas le droit de vendre ».
C’est une première victoire pour la puissante grande distribution. Car le spot fait mouche. Avec un argument fort : la baisse des prix. Pourquoi être contraint d’acheter en pharmacie une boîte d’aspirine alors qu’il semble plus commode de glisser les pilules dans le panier hebdomadaire de la ménagère, à la caisse de l’hypermarché. Surtout si on vous annonce une économie de 25 à 30 %.
Dans le contexte du déremboursement de certains médicaments renforcé épisodiquement par d’autres menaces, les plus récentes concernant les lunettes, nous sommes de plus en plus nombreux à pratiquer l’automédication. Le marché continue de croître et représente 6 % du chiffre d’affaires. Lequel devrait encore progresser avec l’autorisation pour les pharmaciens de placer la gamme des médicaments sans ordonnance en libre accès devant le comptoir. Les remèdes antirhume et antidouleur, Nurofen, Humex et Doliprane, caracolent en tête des ventes. On comprend que la grande distribution rêve d’une nouvelle conquête juteuse. La manne est considérable.
La guerre des médicaments
Mais les pharmaciens ne sont pas décidés à se laisser faire. Le tribunal de grande instance de Colmar a examiné mercredi la campagne de publicité controversée des centres Leclerc. Il ne se prononcera que lundi sur la demande de retrait faite par des groupements et des syndicats de pharmaciens. L’un d’eux a son siège à Colmar. Ils estiment que la campagne qui montre des médicaments transformés en bijoux de luxe, est « mensongère et trompeuse à l’égard des pharmaciens présentés comme des grippe-sous ».
Michel-Edouard Leclerc répond que l’image des pharmaciens n’est pas atteinte. Il regrette « qu’en France, le prix des médicaments soit un débat impossible. Notre économie est paralysée par les rentes et les chasses gardées. »
Dans la région, les centres Leclerc sont tout prêts à accueillir la vente des médicaments dans leurs rayons. La parapharmacie a déjà fait son entrée. C’est le cas à Champfleury près de Reims. À Châlons, Michel Gobillot, le patron du centre Leclerc de Fagnières attend : « Evidemment, si nous en avons l’autorisation, nous vendrons des médicaments dans nos rayons. Même si une pharmacie fonctionne très bien dans la galerie marchande. Il s’agirait d’une offre supplémentaire faite à notre clientèle. C’est le jeu. Qu’est-ce qui intéresse la clientèle ? C’est le prix. »
Françoise Kunzé

***

L'INTERVIEW / « M. Leclerc raconte des mensonges »

Quatre questions à l'ardennais Michel Pannet, représentant régional de l'Union des pharmaciens de France, l'un des deux syndicats représentatifs de la profession avec l'Uspo (Union des syndicats de pharmaciens d'officine).
Pourquoi vous insurgez-vous contre le projet de Michel-Edouard Leclerc ?
Michel Pannet : Parce que la profession reste profondément attachée à la délivrance de médicaments dans des lieux dédiés, qu'ils soient remboursables ou non. Et ces lieux dédiés sont les pharmacies. Nous ne contestons pas que les vendeurs en grandes surfaces puissent être docteurs en pharmacie. Mais ces lieux de vente, contrairement aux officines, ne sont pas contrôlables par les autorités sanitaires. J'ajoute que l'installation des pharmacies répond à une répartition harmonieuse sur le territoire. L'implantation des supermarchés, elle, répond à une logique purement commerciale.
Vos détracteurs vous accusent de corporatisme…
MP : Je ne vois pas pourquoi après six années d'études, des professionnels à l'expérience reconnue accepteraient de se voir subtiliser la part la plus facile du métier. En quelque sorte, M. Leclerc prend la crème et laisse aux pharmaciens les produits à prescription obligatoire. Or, à nos yeux, les deux types de produits forment un tout et l'objectif est le même : la santé de nos concitoyens. C'est bien pour cette raison que l'ordre des pharmaciens a mis au point le dossier pharmaceutique qui permet aux clients de disposer d'une traçabilité de leur consommation médicamenteuse sur tout le territoire. Où est le corporatisme ici ?
Ne redoutez-vous pas plutôt une baisse de vos chiffres d'affaire ?
MP : Prétendre que l'ouverture de ce marché à la grande distribution n'aurait pas d'incidence économique pour les officines serait mentir. Mais les pharmaciens aussi vivent dans un monde concurrentiel. Ils s'organisent avec les groupements de pharmacie pour tirer les prix vers le bas et en faire profiter leurs clients. Nous n'avons pas attendu M. Leclerc.
Celui-ci affirme pourtant pouvoir vendre ces médicaments 25 % moins cher !
MP : Il pousse le bouchon un peu loin. Ces dernières années, la hausse des prix dans la grande distribution a été de l'ordre de 5 à 7 %. Dans le même temps, le prix des médicaments sans prescription et non remboursés n'a augmenté que de 1 % en quatre ans dans les officines. Comme souvent, l'habileté de M. Leclerc est de faire croire qu'il est le moins cher. Mais personne n'est dupe.
Recueillis par Gilles Grandpierre

***
TEMOIGNAGES / Vincent Corcy à Laon

Vincent Corcy est président des commerçants de la galerie marchande de Carrefour à Laon. Il y a tout juste deux semaines, ce pharmacien, installé depuis 2002, a inauguré une offi- cine entièrement rénovée et restructurée. Évidemment il verrait d'un très mauvais œil l'ouverture d'un rayon pharmacie au sein de l'hypermarché. Mais pas seulement sur le registre de la concurrence et du profit.
« Il est bon de rappeler que le modèle pharmaceutique français est un excellent modèle qui assure la sécurité de toute la chaîne du médicament. C'est un moyen efficace pour lutter contre les contrefaçons. La grande distribution, on ne sait pas toujours ce qu'elle vend. Choisir un test de grossesse dans un hypermarché par exemple, c'est prendre le risque d'acheter un test dont, ni la provenance, ni la fiabilité n'auront été contrôlées. De même qu'acheter des produits minceur sans conseil peut présenter un réel danger. »
Des prix bas ? Selon le pharmacien, les pays européens qui ont autorisé la vente de médicaments dans la grande distribution n'ont pas enregistré de baisse des prix. Il se base sur une étude réalisée par l'association portugaise des consommateurs après la libéralisation de la vente de médicaments au Portugal.
« Sur les vingt médicaments non remboursés les plus vendus, l'augmentation a été de plus de 3,5 % depuis 2005.Les Italiens payent les médicaments plus chers actuellement en grande surface qu'ils ne les payaient avant la libéralisation. »
Vincent Corcy affirme que les Belges passent volontiers la frontière pour acheter des médicaments en France où ils sont moins chers. « Je vois aussi passer chez moi des Anglais sur la route du retour. Ils font provision de médicaments avant de rentrer. »
« Non, la grande distribution n'est pas un rempart contre la vie chère. Où sont passées les marges arrière (30 milliards d'euros, soit 500 euros pas habitant) que la loi Chatel permet, depuis le 1er mars dernier, de transformer en remise pour le consommateur ? En quatre mois, les produits de grande consommation ont augmenté de plus de 7 %. D'ailleurs on retrouve dans les 500 plus grandes fortunes de France, huit dirigeants propriétaires de centres Leclerc, mais pas un seul pharmacien. »
F. K.


Guy Gélard à Reims

« Le pharmacien a une mission. Il est avant tout un conseiller sanitaire et social », assure Guy Gélard, pharmacien a Reims. « Il doit avoir des qualités humaines et des compétences scientifiques particulières. »
Pour ce professionnel de longue date, « le pharmacien est à l'écoute des gens qui souffrent et doit trouver du temps pour ceux qui cherchent à qui parler. Des gens déboussolés, déprimés, en proie à la drogue. Cette mission est remplie par la grande majorité des pharmaciens qui s'acquittent dans un autre temps de leurs obligations légales concernant la délivrance de médicaments. »
« Y aurait-il ce rapport humain essentiel en grande surface ? », s'interroge le pharmacien. Qu'en serait-il de ce climat de confiance que le patient attend de son pharmacien ? Qu'en serait-il surtout du suivi thérapeutique ?
« Le patient pourrait se priver d'un service essentiel. À l'occasion de chaque délivrance de médicament, prescrit ou pas, j'enregistre les informations. Je connais les antécédents cliniques de chacun de mes patients. Je connais son profil thérapeutique. Je connais les médicaments qu'il prend, prescrits par son médecin traitant mais aussi par des spécialistes. Je peux l'informer sur les contre-indications éventuelles, les associations dangereuses. »
« Favoriser l'automédication en permettant la vente de médicaments en grande surface est une bombe qui pourrait exploser. »

***

CE QU'ILS EN PENSENT / La ministre dit non

Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, a réaffirmé son opposition à la vente de médicaments en grandes surfaces. « C'est une question de santé publique et de protection du consommateur » a déclaré la ministre, pharmacienne de formation. Elle ne veut pas « banaliser » le médicament.
« On ne va pas vendre des médicaments entre une boîte de petits pois et une botte de carottes. »
« Le médicament n'est pas un produit banal. Y compris les médicaments vendus sans ordonnance. Il y a des indications, des contre-indications et des effets secondaires. Il doit continuer à être vendu dans un environnement sécurisé », a souligné Roselyne Bachelot.

***

Marie-Josèphe Marion infirmière

« Je suis tout à fait pour. Pourquoi y aurait-il un inconvénient à acheter ses médicaments dans un hypermarché ? D’autant que de plus en plus de médicaments ne sont plus remboursés. Ca se fait aux Etats-Unis depuis longtemps. C’est pratique et ça fera jouer la concurrence sur les prix avec les pharmaciens. »

***

Daniel Martin retraité

« Les médicaments sont de plus en plus chers. C’est comme le pain, ça ne cesse d’augmenter. Et en plus ils ne sont plus remboursés pour les trois-quarts. Alors pourquoi pas les acheter dans les grandes surfaces si c’est moins cher. J’espère qu’ils auront l’autorisation ».

***

RÉSULTAT DU SONDAGE WEB /


La vente des médicaments non remboursés dans les supermarchés et hypermarchés, pour vous c'est :


-Une bonne idée. La vente en supermarchés permettra d'avoir des cachets à des prix plus compétitifs. 52%


-Dangereux. Les médicaments ne sont pas des marchandises comme les autres ! 45%


-Sans opinion. 3%


Au total, vous avez été 358 votants.

Imprimer Recommander Wikio Facebook twitter digg

Réagissez

Pour contribuer et recommander vous devez être connecté (création de compte)

Avertissement
Nous vous rappelons que vous avez, lors de la création de votre compte, accepté les conditions d’utilisation du site. Celles-ci proscrivent notamment la diffamation, l’incitation à la haine raciale, l’atteinte aux bonnes mœurs.
Nous vous prions donc de respecter strictement la charte d'utilisation du site www.lunion.presse.fr. A défaut, votre compte sera banni du site.
Voir aussi : La FAQ de la modération

Les dernières contributions


rémoise

24/04/2008 à 00h08

Super, il y a de plus en plus de viande en barquette, pour éviter le chômage, le boucher et le charcutier pourront nous opérer, et si nous nous intoxiquons par une sur dose de médicaments ROC-ECLERC pompes funèbres nous offrira une carte de fidélité.

Larouille

22/04/2008 à 17h08

Si les pharmaciens ne vendaient que des médicaments, cela se saurait !!! Produits autobronzants, couches, bonbons contre la toux, thermomètres, etc. j'en passe et des meilleurs... Alors, venir faire la leçon quant à la qualité des conseils et de produits...

mpierre51

22/04/2008 à 11h40

Les pharmaciens ont tout intérêt à se battre contre la possibilité de laisser les médicaments en "vente libre". En effet, il faut savoir que les prix des médicaments déremboursés doublent voire triplent quand ils ne sont plus remboursés. Donc ce serait un manque à gagner pour eux ! Et il faut arrêter de nous prendre pour des bêtas, on est tout à fait capables d'aller acheter une boîte d'aspirine (ou autre chose) tout seul. C'est pas pour ça qu'on va avaler la boîte d'un seul coup !!

ardenna

19/04/2008 à 15h24

Personnellement, cela ne me gêne aucunement.
La chose est banale aux USA où tous les médicaments de confort se trouvent dans les rayons des supermarchés, avec en prime une personne qualifiée pour répondre à vos éventuelles questions. Ce ne sont ni plus ni moins que des rayons de parapharmacie, coincés entre les légumes et les produits d'entretien.
Après tout, on peut avoir besoin d'aspirine à toute heure du jour et de la nuit (les magasins là-bas sont ouverts 24h/24).

autrement 17

18/04/2008 à 18h00

Je ne suis pas pour tout mettre en vente dans les "grandes surfaces", mais il y a comme une contradiction dans les prises de positions des pharmaciens..........
il y a quelques temps, on nous répétait sur tous les tons, qu'il ne fallait pas s'auto-médicaliser ( pub de la sécurité sociale) que cela signifiait plusieurs cas de décès et des hospitalisations très nombreuses.

il y a quelques mois, la pub nous incitait à acheter directement certains médicaments sans passer chez le médecin !!
Les pharmaciens sont restés muets... pas de prise de position, tout au moins officielle !!
aujourd'hui, avec les déremboursements de plus en plus nombreux, que les pharmaciens viennent nous tenir le soi-disant message de la raison, c'est un peu fort de café.
Quelle différence y-aurait-il entre une poudre de perlinpimpim vendue en pharmacie ou vendue en super-marché?????
peut-être le prix?....et là, je signale que ce n'est pas certain du tout...tout au moins sur le moyen terme !!... Les grandes surfaces auront vite fait de se rapprocher des prix "librement" négociés!!
en un mot comme en cent.... pharmaciens et LECLERC se soucient fort peu des consommateurs et des malades.... ce qui les intéressent, ce sont leurs chiffres d'affaires.... les consommateurs, malades ou non, seront toujours les dindons de la farce!!

colline

18/04/2008 à 15h48

Hum ! Nous sommes déjà de trop gros consommateurs de médicaments. Il faudrait savoir ce que l'on entend par médicaments de confort. Les vitamines par exemple je pense, cependant, prises en trop grandes quantités, elles peuvent, je crois, faire le contraire de ce que l'on espère.

charentais

18/04/2008 à 14h04

Suite à la publicité Leclerc sur les ventes de médicaments de confort je pense que les pharmaciens ont surtout peur d'un manque à gagner car ils vendent le prix qu'ils veulent, et c'est peut-être une bonne chose pour faire baiser les prix.

Droits de reproduction et de diffusion réservés © www.lunion.presse.fr