DOSSIER / Comment peut-on être Français

9 contributions

Publié le mardi 24 novembre 2009

En 1896, un débat au couteau enflamme la France. On célèbre le 14e anniversaire du baptême de Clovis. Intellectuels et politiques s'empoignent autour d'une question simple : la patrie de Voltaire et d'Hugo est-elle chrétienne ou non ? Plus d'un siècle après, elle fait sourire alors que les préfets, accueillant les nouveaux naturalisés, ajoutent désormais « laïcité » au triptyque « Liberté, égalité, fraternité ». Entre-temps, en 1905, la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat est passée par là. « C'est la preuve que l'identité nationale est un concept évolutif », estime Jean-François Boulanger.

Poser aujourd'hui la question conduit donc à s'interroger d'abord sur son bien-fondé. L'expression même recouvre t-elle une réalité tangible ? A t-elle un sens ? Et si oui, depuis quand ? « Le débat est d'autant plus difficile qu'en France, l'Etat a précédé la Nation, contrairement à l'Allemagne ou l'Italie. L'identité nationale est donc une construction mentale et politique. Ce qui en rend la définition nécessairement complexe ». Prenons donc les choses dans l'ordre. Et d'abord, depuis quand parle-t-on d'identité nationale ? « La notion même est récente, mais elle pose une question très ancienne qui est celle de l'origine de la France ».

Les choses se compliquent. En gros, deux thèses s'opposent. Pour la médiéviste Colette Beaune (1), la conscience d'appartenir à une communauté nationale commence avec l'existence d'un Etat rassemblé autour du roi des Francs. « Clovis marquerait donc la première apparition de la Nation France ».

Deuxième thèse - controversée, celle de l'historien américain Eugen Weber (2) pour qui « le sentiment d'être français n'apparaît qu'au tournant des XIXe et XXe siècles, avec Jules Ferry - qui impose l'apprentissage du français dans les écoles - et la guerre de 14-18 ».

Langue

Et la Révolution de 1789 dans tout ça ? « Pour Weber, elle ne connaît son achèvement qu'un siècle plus tard, avec Ferry justement. Jusque-là, les Français, imprégnés d'une culture populaire et rurale traditionnelle, ne se seraient pas vus comme faisant partie d'une même communauté nationale. D'autant qu'ils ne parlent pas toujours la même langue, mais l'occitan, le basque, le breton, le patois picard ou lorrain… ».

Nous y voilà. La langue serait donc le meilleur ciment de l'identité nationale ? « Pas si simple car lorsque Ernest Renan milite en 1882 pour le rattachement de l'Alsace-Lorraine à la France, il évoque un passé commun et un projet d'avenir fondé sur les valeurs républicaines, au détriment de la pratique d'une langue commune, justement », rappelle M. Boulanger.

Faire de l'identité linguistique le levain du sentiment national serait aussi oublier que lorsque Philippe Auguste annexe la Normandie, au XIIIe siècle, ses ennemis anglais parlent… français.

La géographie offre-t-elle davantage de prise ? Oui, si l'on estime que notre paysage national semble s'être idéalement dessiné à l'intérieur de ses frontières naturelles : fleuves, mers et montagnes. Sauf que l'hexagone n'a pas toujours eu cette forme-là. « Ainsi, quand le traité de Verdun partage l'Empire de Charlemagne en trois (843), le futur royaume de France ne couvre que la partie Ouest du pays et la Francia Orientalis le territoire qui deviendra la future Allemagne ».

Embryon

Pour l'historien rémois, un « embryon de conscience nationale » n'apparaîtra finalement qu'au XIIIe siècle, « avec la stabilisation de l'Etat monarchique et la fin des phénomènes migratoires. Mais ce sentiment n'existe alors que dans les élites, l'aristocratie et les clercs. Il se construit surtout à partir de la guerre de 100 ans et sur le dos d'un ennemi commun : les Anglais ».

Porte-drapeau de cette mission unificatrice : Jeanne d'Arc, bien sûr. « Mais lorsque la Pucelle parle de la France, n'oublions pas qu'elle évoque en réalité le Nord du pays, voire l'actuelle Ile-de-France ». Il n'est pas certain qu'à l'époque, les Basques ou les Auvergnats se soient vraiment sentis concernés.

Dossier Gilles Grandpierre

(1) Auteur de « Naissance

de la Nation France »

(2) Auteur de « La fin des terroirs »

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MMJ08

25/11/2009 à 11h06

Tous les Français, ou en passe de le devenir, ont le droit de participer au débat sur l'identité nationale, y compris Eric Besson. Vos propos et cet article en sont une illustration exemplaire. Décréter que l'identité nationale se limite à un principe de 1789 est en soi dictatorial et peu adapté au discours politique que vous émettez ensuite. Limiter l'Identité Nationale - elle mérite bien des majuscules- à son principe historique est tout aussi obtus. Que ce soit au Moyen-Âge où à une centaine d'années en arrière, date à laquelle de nombreux Français ne parlaient pas un mot de Français, l'Identité Nationale ne se suffit pas d'histoire. Nous pourrions au moins y ajouter la géographie et les coutumes et traditions qui les accompagnent. Et nous serons encore loin du compte. Vous voyez, il y a matière à débats et non à pontificats.

jeco

25/11/2009 à 07h15

C'est une nécessité de redéfinir l'identité nationale. Celle-ci a une base ; la langue, l'histoire, toute l'histoire y compris religieuse, les us et coutumes, la culture, etc... L'identité peut s'enrichir d'apports étrangers, mais en aucun cas être remplacée par ces apports; sinon, il n'y a plus d'identité propre au pays; c'est simplement une substitution. Le communautarisme qui domine en France est une ébauche de substitution et fait craindre le pire, comme en ex-Yougoslavie. C'est pourquoi je pense que cette redéfinition est impérative, si on veut intégrer au mieux les étrangers qui souhaitent partager nos valeurs, et ce sans renier pour autant leurs origines, à l'image des Polonais, Italiens ou d'autres encore.

Coq Hardi

25/11/2009 à 00h11

Ce débat c'est de l'enfumage, du détournement d'attention sur des sujets autrement plus mobilisateurs: paupérisation rampante d'une grande partie de la population (salariés, retraités, jeunes sans emploi réel), sécurité sociale à l'agonie (les assureurs privés commencent à se frotter les mains)... Ce pouvoir est aux abois et ne sait plus quel artifice utiliser pour masquer son incompétence! Ce n' est pas un débat sur l'identité nationale qui va remplir le porte-monnaie et l'estomac des affamés qui commencent à s'agiter aux quatre coins du pays!

lentarteur

24/11/2009 à 23h59

Qu'est-ce qu'être Français, ou qu'est-ce que l'identité française? L'identité française est une communauté d'individus, nés ou pas sur le sol français, mais qui se rassemblent autour de valeurs communes, qui ont été forgées par notre histoire : liberté, égalité, fraternité, laïcité. Des valeurs que l'on retrouve dans la déclaration des droits de l'homme. Je citerai un exemple extrême: qui est le plus français: le collabo sous l'occupation, ou le soldat étranger qui a combattu pour la libération de la France, qui s'y est installé et s'est fait naturaliser?

gringos

24/11/2009 à 23h36

Etre Français c'est avant tous, parler français, travailler, et s'intégrer aux valeurs et aux règles de notre pays. C'est aussi simple que ça.

roje

24/11/2009 à 22h35

Sans appartenance politique , je pense qu'être Français c'est de respecter le drapeau de la France , les lois Françaises ( même si toutes ne nous conviennent pas ). Celui qui n'accepte pas cela doit chercher un autre pays qui lui conviendra mieux , bien que ce n'est pas sur que ce pays l'accepte .

BEDEJ1112

24/11/2009 à 19h57

Chez Besson, il a tellement peur qu'on le renvoie chez Ségolène qu'il cherche tout ce qu'il peut faire pour plaire...au risque de déplaire au reste du monde. Mais si Sarko est content alors Besson jubile.
Mais n'a-t-il pas honte de faire ainsi la chasse à ceux qui ne seraient pas franchement Français. Ca rappelle les tristes heures des années 40... Bientôt à force de chasser il va tomber dans ces travers.
Ce n'est pas parce qu'on s'appelle Mamadou, Ahmed ou Wladimir qu'on est un sous-homme. Si tout est OK dans la situation qu'il n'aille pas chercher des crosses à ceux qui doivent renouveler leurs papiers. Bientôt il va falloir exhiber son arbre généalogique pour être bien en cours. Quelle tristesse.

bama

Renwez

24/11/2009 à 18h18

Vous avez, je pense 80% des Français qui partagent votre commentaire. Merci

franc3704

24/11/2009 à 12h59

L'identité nationale est le sentiment d'appartenance à une communauté qui s'est rassemblée et se rassemble autour des notions de "liberté, égalité, fraternité". Je ne participerai pas au débat introduit par Besson. Il est le plus mal placé pour conduire cette réflexion. La manière dont il conduit "la chasse aux migrants" et, particulièrement, "la chasse aux enfants" est insupportable et déroge complétement au concept le plus élémentaire de solidarité. Ne parlons pas d'humanité ! La politique conduite par Sarkozy déroge aux principes les plus basiques en matière d'égalité. Représentant des classes favorisées, il parle de solidarité et met en place une politique de classe : bouclier fiscal, protection de l'évasion fiscale... Lorsque je me suis fait casser la figure par des cagoulés, il y a 5 ans, mes interlocuteurs policiers m'ont expliqué qu'ils appelaient cela l'effet "Sarko" du nom de celui qui était alors ministre de l'Intérieur; en effet, le transfert massif des forces de sécurité vers les quartiers riches et vers la protection des "points sensibles", banques, politiques, administrations, conduisait les malfrats à mener leurs actions en province, parent pauvre de la politique sécuritaire du gouvernement. Mes cagoulés n'ont encore pas été rattrapés ! Pour moi, ce gouvernement, sur ce plan, mais aussi dans la manière dont les citoyens ordinaires sont inquiétés d'une façon scandaleuse, est attentatoir à notre liberté. Je lui refuse le droit de s'ériger en défenseur de l'identité nationale.

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