Publié le jeudi 04 juin 2009 à 01H00
Tayeb (à gauche), son fils Tarik, futur repreneur (le 3e en partant de la gauche), et deux employés Larbi et Farid.
alex roger
Tayeb, le roi de la merguez
Les amateurs de barbecue en général et de merguez en particulier le connaissent bien et viennent de loin pour acheter de la viande dans sa boutique de la place Mozart, nichée en plein cœur du quartier Wilson.
« Salut Tayeb. Comment tu vas ? » Ses clients l'appellent par son prénom. « Pour nous, c'est comme quelqu'un de la famille, un patriarche », lance un jeune homme en lui serrant la main. Ce boucher, spécialisé dans la viande hallal, est une figure du quartier et l'un des plus anciens de la place, qui compte une poignée de commerces. Il est installé là depuis 1982.
Son sérieux, son accueil, son sourire, sa gentillesse et surtout ses merguez ont fait sa réputation.
« Mon dieu, qu'est-ce qu'on a pu dépanner de gens pendant toutes ces années. » Un petit crédit par-ci, un rab de viande par-là. « Que voulez-vous, je préfère prendre le risque de ne jamais être payé plutôt que de laisser quelqu'un sans manger. »
« Le quartier a bougé depuis mon arrivée mais paradoxalement on vivait mieux avant », explique Tayeb. « Avant quand les gens avaient besoin de quelque chose, ils s'adressaient aux commerçants du coin. Aujourd'hui, ce n'est plus automatique. »
Pas de week-end ni de jour férié
« Le quartier s'est embelli, c'est certain, mais l'image de Wilson reste la même. » Comprenez, pas terrible. « Cette rénovation, c'est comme un arbre que l'on plante, il faut des années pour qu'il donne des fruits. Pour l'instant, on attend. »
« Je me suis toujours bien entendu avec tout le monde dans le quartier même avec ceux qui font des bêtises. » Le secret ? « Je les respecte et ils me respectent. Vous savez, si on commence à regarder les gens de travers… il ne faut pas s'étonner qu'ils fassent la même chose. »
Aux jeunes du quartier, il dit : « Ayez un peu de culot, lancez-vous ! On peut réussir en partant de rien, j'en suis la preuve. Bien sûr ça ne se fait pas sans sacrifice. Pas de week-end, ni de jour férié mais vous savez, je préfère travailler le week-end et ne pas vivre au crochet de l'Etat. »
L'intégration ? Il n'y pense pas, il la vit. « Chez moi, Français de souche, Maghrébin d'origine, ou bien d'ailleurs, tout le monde est le bienvenu. » Au fait, Marhaba, le nom de la boucherie, veut dire bienvenue en arabe. Il y a parfois des évidences.
Alexandre ROGER




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