Publié le mercredi 27 mai 2009 à 01H00 - Vu 2 fois
Le chef d'orchestre fait surgir le Sacre du Printemps des gradins.
Par Anne Mignot
EN première partie, le chorégraphe Xavier Le Roy, seul en scène, fait le chef et le public l'orchestre, pour interpréter le ballet de Stravinsky, le Sacre du Printemps. (lire par ailleurs).
En seconde partie sera projeté « Infidèlement vôtre ». Un peu moins connu aujourd'hui que les autres réalisateurs de comédies américaines des années 1930-40, Preston Sturges n'en fut pas moins un grand nom et ne démérite aucunement face à Lubitsch, Capra ou Hawks. Comme bien des joyaux de cet âge d'or du dialogue, « Infidèlement vôtre » est un chef-d'œuvre à côté duquel la plupart des comédies sentimentales hollywoodiennes contemporaines font figure d'insipides guimauves.
Un cinéma issu du croisement entre la verve étincelante de Guitry et le sens du burlesque de Buster Keaton.
A la fois bavard et très visuel : des répliques qui fusent et font mouche avec la vivacité la plus jubilatoire, dont la puissance est décuplée par une inventivité scénaristique diaboliquement malicieuse et des scènes dont le comique visuel ose l'outrance la plus absurde sans que jamais on ne se dise « Il en fait trop. » Là est le génie de ce film : dans le burlesque ordinaire, la maladresse crée le chaos et appelle la catastrophe, comme l'abîme appelle l'abîme, dans un effet boule de neige que rien ne peut enrayer.
Ici, Preston Sturges détourne avec virtuosité ce principe dont il cisèle un inénarrable morceau de bravoure qui vaut à lui seul le détour. Dévoré par la jalousie, un chef d'orchestre (Rex Harrison) échafaude pendant un concert de machiavéliques scénarios dans lesquels le public est happé, subjugué par la puissance artistique que lui insufflent les tourments de sa passion.
En situation de despote absolu, il fait naître le tragique : mais l'inertie des choses et leur impitoyable résistance le rappellent à l'ordre du réel… et de la comédie. Le tout en musique, chaque état d'âme ayant son compositeur attitré : Rossini, Wagner, ...
Un délice.
Scène Grand Ecran jeudi 28 mai à 19h30 au Cirque. (Accueil au Manège, 2 bd du Général Leclerc. Tél : 03.26.47.30.40.) Le Sacre du Printemps, d'Igor Stravinsky par Xavier Le Roy (durée : 45 minutes), suivi d' « Infidèlement vôtre », comédie de Preston Sturges de 1948 (1h45).
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