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Céréales : de bons rendements mais à quel prix ? / Moissonner avant de rêver

Publié le dimanche 09 août 2009 à 01H00 - Vu 48 fois


Alain Dumorgny travaille au sein d'un GAEC de 850 hectares : 220 de blé, 100 de colza, 75 d'orges diverses et 90 ha de maïs d'ensilage.  A cela s'ajoutent un millier de vaches laitières et 250 truies.

Alain Dumorgny travaille au sein d'un GAEC de 850 hectares : 220 de blé, 100 de colza, 75 d'orges diverses et 90 ha de maïs d'ensilage. A cela s'ajoutent un millier de vaches laitières et 250 truies.

Remi WAFFLART


RÂblÉ, chemise à carreaux élimée, une roulée au bec, il descend de sa machine, l'air faussement goguenard. Une poignée de main, un coup de menton et il désigne son engin, une moissonneuse batteuse sortie d'usine il y a un an. Il faut embarquer : « Ils annoncent de l'eau pour demain... Alors, faut y aller ». Comme tous les ans, Alain Dumorgny s'est engagé dans une course contre la montre : profiter du beau temps pour ramasser. Avant le retour de la flotte. Alors il fauche les blés à toute berzingue, parfois jusqu'à 3 heures du mat'. Le métier est resté éprouvant, malgré le confort, qui s'est généralisé.

Dans sa cabine climatisée, en scrutant son champ et ses écrans, il râle : « Cette année, c'est pas terrible. On a eu un coup de chaud en juin, c'est pour ça. Bon, c'est sûr, on a fait plus mauvais. Mais globalement, cette moisson, on va pas la mettre dans les annales ». Il estime son rendement à 75 quintaux à l'hectare. Insuffisant pour être rentable, explique-t-il, surtout si le prix de vente ne décolle pas. « Le blé est à 135 euros aujourd'hui. Mais là-dessus, il faut enlever plus de 20 euros pour le distributeur. Avec ça, comment voulez-vous faire ? Ça peut pas durer ».

Le prix de vente, véritable totem de l'injustice et du ressentiment chez les agriculteurs. Sur les terres ardennaises du pays de Prez comme ailleurs, on cultive le fatalisme et le soupçon - parfois non sans raison. Les paysans ne seraient plus maîtres de leur destin alors que d'autres, à l'inverse, sauraient tirer les ficelles d'un marché devenu spéculatif. « Il faudrait que les prix soient en phase avec le coût de production mais aujourd'hui, les paysans ne sont propriétaires de rien. Ils dépendent des fonds de pension. Sans parler des distributeurs qui s'en mettent plein les fouilles ».

« Se diversifier pour survivre »

Même les coopératives ne trouvent plus grâce à ses yeux. Au début, explique-t-il, elles se sont montées pour rassembler les agriculteurs. Dans un esprit de coopération. Mais aujourd'hui, « c'est de moins en moins le cas ». Alain et ses sept associés du GAEC (groupement agricole d'exploitation en commun) ont donc décidé de faire appel à un négociant belge pour vendre leur marchandise : blé, colza, orge mais aussi lait et porcs. Se diversifier pour survivre, le dernier leitmotiv. Sauf qu'en 2008, ça n'a pas suffit. « Ils nous achètent le litre de lait à 25 centimes alors qu'on le trouve à plus d'un euro en magasin. C'est une honte ».

Fils de paysans, Alain Dumorgny s'est installé sur ces terres argilo-calcaires il y a 35 ans. Dans deux ans, c'est la quille. Il vendra ses parts, fera quelques parties de pêches avec son petit-fils, s'achètera un camping-car pour partir sur les routes avec sa femme et éventuellement... donnera un coup de main à son frère et à son fils, membres eux aussi du GAEC. « Je pourrais pas me couper du monde paysan comme ça. Quand on est né dans ce métier comme moi, on est mordu. J'aiderai, c'est sûr, mais uniquement quand j'aurai envie ».

Ne plus être tributaire des marchés. Ni des autres. Seulement du temps et de la terre. Le rêve du paysan.

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