Publié le dimanche 27 septembre 2009 à 01H00 - Vu 53 fois
« J'ai un côté maternel et protecteur » avoue la comédienne.
ALBERTO PIZZOLI
À l'étage du cinéma du Panthéon à Paris, Catherine Deneuve, souriante, détendue, même si elle fume cigarette sur cigarette, se sent comme chez elle. Elle a en fait choisi la décoration de cet ancien grenier aménagé en restaurant agréable, lumineux, lieu idéal pour les interviews après les projections de presse au rez-de-chaussée.
Ce jour-là, dans un ensemble pantalon noir qui seyait parfaitement à la blondeur de ses cheveux, cette Parisienne de souche se soumettait justement à l'exercice pour Mères et filles de Julie Lopes-Curval dont la sortie est prévue mercredi 7 octobre. Dans ce film, elle incarne un médecin généraliste, une profession qu'elle n'avait jamais tenue à l'écran même si elle avait joué une infirmière anesthésiste dans Hôtel des Amériques qui avait scellé une longue collaboration avec André Téchiné.
Inquiète pour ses enfants
Mais l'actrice joue surtout une mère plutôt autoritaire, froide avec sa propre fille venue de Toronto pour la voir. L'histoire lui a plu d'emblée : « Les rapports entre les êtres sont assez forts. Je n'avais pas encore tourné un scénario sur les rapports conflictuels entre une mère et une fille en province ». Elle comprend l'attitude de son personnage qui a été confronté à un drame dans son enfance quand son père s'est retrouvé seul pour l'élever avec son frère.
« Mais ce ne sont pas des rapports que je connais personnellement » avoue la maman de Christian Vadim et Chiara Mastroianni très inquiète quand ces derniers lui ont annoncé leur volonté de suivre la même carrière qu'elle : « Ce n'était pas mon choix. Mon fils fait du théâtre, ce qui est différent. Quant à ma fille, elle est heureusement très ancrée dans la vie de tous les jours».
Son métier lui inspire des craintes : « La carrière des acteurs est très éphémère. Ils sont transformés en vedettes immédiates puis laissés de côté. Les films restent aussi moins longtemps qu'avant à l'affiche ».
Si cette femme qu'elle campe dans son nouveau long métrage a établi son éducation sur l'endurcissement, d'autres valeurs l'ont personnellement guidée : « J'ai inculqué à mes enfants l'indépendance d'esprit, la liberté en général, le refus des conventions sociales tout en respectant l'autre. Je ne suis pas pour une liberté qui écraserait tout ».
L'intrigue aborde aussi, en toile de fond, le problème de l'émancipation féminine, une expérience qu'elle a vécue à seize ans et demi quand, prenant le patronyme maternel, elle a quitté le foyer familial pour suivre Roger Vadim : « Quand on est amoureuse, on n'hésite pas en général », lâche-t-elle un rien coquine avant d'ajouter : « J'étais déterminée même si cela a été difficile avec mes parents. J'ai eu mon premier enfant très jeune ». Alors qu'elle rêve d'être dirigée par Francis Ford Coppola, elle va retrouver François Ozon pour Potiche après 8 femmes. Elle a également récemment tourné Les yeux de sa mère de Thierry Klifa et L'homme qui voulait vivre sa vie d'Eric Lartigau.
Son statut d'icône pénalise quelquefois sur un plateau ses relations avec ses partenaires qu'elle aimerait plus spontanées : « J'ai envie de rapports de travail chaleureux », révèle-t-elle alors qu'elle se souvient de sa rencontre avec Ava Gardner qui l'avait impressionnée.
Dans le même état d'esprit, cette star ne cherche pas à se mettre sur le devant de la scène par pudeur mais aussi pour la lourdeur de la tâche : « Quand on tourne, on est dans un personnage mais c'est ennuyeux ensuite de tout ramener à soi. Je n'aime pas parler de moi et me montrer », dévoile celle dont le buste avait été choisi pour représenter Marianne en 1985.
L'image d'une beauté froide qu'elle a souvent donnée se trouve aujourd'hui contredite : « J'ai un côté maternel et protecteur ». Elle montre cette douceur aussi bien sur un plan professionnel que personnel, dans ses relations avec ses enfants, ou encore en évoquant cette maison de campagne dans un ancien garage à bateaux sur les bords de la Seine à Seine-Port qui appartient toujours à sa famille.
Fabrice Littamé
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