BIOCARBURANTS/ Cristal-Union rentre en résistance

BIOCARBURANTS/ Cristal-Union rentre en résistance

Publié le mardi 03 juin 2008 à 01H00 - Vu 83 fois

IL faut y croire ! Daniel Collard, président du groupe Cristal-Union, a fait du biocarburant une croisade. Pour convaincre une opinion publique qui doute, le groupe, avec le Syndicat National des Producteurs d'Alcool Agricole, s'est offert sa propre étude énergétique.
Une étude analysant le cycle de vie de l'éthanol, de la production de betterave jusqu'au dépôt de distribution de l'énergie. Cet écobilan a été réalisé sur la distillerie d'Arcis-sur-Aube, tout en sachant que ses retombées sont sensiblement identiques sur Cristanol à Pomacle. Il suit la directive européenne du 23 janvier 2008 « promotion de l'énergie à partir des sources renouvables ». Deux critères ont été choisis. Celui concernant les indicateurs de CO2 et celui concernant l'efficience énergétique. Répondant ainsi à deux questions essentielles : Cela pollue-t-il ? Cela marche bien ?
Pas d'impact
Pour les rejets de CO2, la représentante du cabinet d'études Price Waterhousecooper, Emmanuelle Henry explique : « Au total 32 grammes d'équivalent C02 sont émis par un mégajoule (unité de mesure de l'énergie) d'éthanol contre 87, 6 grammes pour 1 magajoule d'essence. Soit une réduction de l'impact sur l'effet de serrre de 63 %. Nous sommes donc largement au dessus des normes demandées par la directive européenne qui sont de 35 %. De plus, le CO2 rejeté provient de la biomasse, il n'a donc pas d'impact sur l'effet de serre ».
La plupart des rejets proviennent de l'étape culturale à 32 % due au protoxyde d'azote (engrais) et de l'étape industrielle à 65 %. Pour l'énergie, là aussi, Emmanuelle Henry met en avant les qualités de l'éthanol. « 0,46 mégajoule d'énergie fossile mobilisé par mégajoure d'éthanol contre 1, 6 mégajoule d'énergie fossile pour 1 mégajoule d'essence. Soit une économie de 60 % d'énergie non renouvelable ».
Une énergie totale en interne
Il reste encore une marge de progrès : celle de l'utilisation de la biomasse en énergie interne. Ce qui comblerait les rejets du processus industriel. Pour ce faire, deux pistes sont étudiées de très près : la méthanisation et son procédé de dégradation de la matière organique et la gazéification en transformant un produit solide comme le son en combustible gazeux. « L'investissement est de 70 millions d'euros ».
Une partie de cette énergie peut répondre aux besoins d'une petite ville (10.000 habitants). Elle pourrait donc être revendue. Il est bien évident qu'il s'agit d'études réalisées sur des sites neufs et performants. Ce que reconnaît Alain Commissaire, directeur général de Cristal Union : « Nous possédons des connaissances exceptionnelles. Car nous avons été contraints de traiter tous les rejets et les transactions de la bulle industrielle. Ce savoir-faire est d'ailleurs une force à l'exportation car il est au-dessus de celui utilisé par les Brésiliens ou les Américains ».
Sophie Claeys-Pergament

***
Biocarburant 2e génération : un long processus

« Il n'y aura pas de rupture entre la 1re et la 2e génération de biocarburant. Elles sont complémentaires », précise Dominique Dutartre, président d'ARD (Agro-industrie Recherche et Developpements). « Il y aura un long processus de transformation.
Il existe deux voies. Celle du thermo-chimique pour faire des hydrocarbures. Ce n'est pas le plus simple à faire et nous n'avons pas les compétences ».
En revanche, ARD travaille sur la voie biologique. « La 1re génération utilise les sucres de réserve de la plante comme le saccharose ou l'amidon. La seconde vise les sucres de structure qui sont robustes. ARD s'est engagé sur le programme de recherches de la bioénergie qui est financé par l'Agence nationale de la recherche Il va donc falloir être très imaginatif pour aller chercher la cellulose ». Une structure baptisée Futurol devrait réunir une trentaine de chercheurs durant 8 ans pour tenter de trouver la solution.
S.C.-P.

***
La filière bioéthanol lutte contre les idées reçues

La filière bioéthanol veut convaincre. Campagne de presse, réunions, études : tout est fait pour mettre en avant le bien fondé de la production de bioéthanol. Ainsi, les grandes cultures céréalières et betteravières, tout comme le Syndicat des producteurs industriels d'alcools agricoles, ont décidé de lutter contre les idées reçues.
Agriculture très intensive
« Entre 1990 et 2005, l'agriculture a réduit de 11 % ses émissions de gaz à effet de serre alors que, dans le même temps, les émissions du secteur des transports augmentaient de 22 % (Source Citepa). Depuis 1992, le respect des bonnes pratiques environnementales est prioritaire dans les techniques culturales, et depuis 2003, c'est une condition réglementaire à l'octroi de subventions agricoles européennes.
Les méthodes de culture des céréales et/ou des betteraves sont identiques, qu'elles soient destinées à l'alimentation humaine, animale ou au bioéthanol ».
Pénurie alimentaire
« Il n'existe pas en Europe et en France de conflit entre la production de cultures à usage alimentaire et celles destinées au développement du bioéthanol qui restera un débouché complémentaire pour l'agriculture.
En France, le développement de la filière bioéthanol va se faire progressivement d'ici 2010. Selon les chiffres ONIGC, seulement 3 % (moins de 270.000 hectares) des surfaces totales de céréales et betteraves seront alors consacrées au débouché bioéthanol ».
Manque de volonté de l'Etat
« Eric Woerth, ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique, a lui-même réaffirmé cet engagement fin janvier devant les députés, en rappelant que les biocarburants représentent un moyen de garantir l'indépendance énergétique de la France, qu'ils offrent des débouchés industriels à nos agriculteurs et qu'ils contribuent à la lutte contre l'effet de serre. Rappelons par ailleurs, que l'objectif de 10 % d'incorporation d'ici à 2015 est toujours de rigueur ».
Manque de pompes
« Le développement du superéthanol (E85) est une réalité. Le bilan français au bout d'un an est nettement supérieur à celui de la Suède sur la même période. Dans ce pays, où les véhicules flex fuel représentent aujourd'hui 10 % des immatriculations, il a fallu 4 ans pour avoir 200 pompes distribuant de l'E85. A fin février 2008, plus de 210 pompes sont déjà en service en France ».
D'ailleurs Daniel Collard, PDG de Cristal Union ajoute : « Ce sont les pompes à essence des pétroliers qui ne jouent pas le jeu ! »
Véhicules flex-fuel
« Les automobilistes français peuvent aujourd'hui choisir parmi une douzaine de modèles de véhicules Flex Fuel, disponibles auprès de 6 constructeurs. A la fin 2007, 4.000 véhicules Flex Fuel étaient en circulation. De nouveaux modèles et constructeurs arrivent régulièrement sur le marché comme récemment avec une version Flex Fuel du modèle Kangoo de Renault et l'arrivée de Cadillac par exemple ». Alain Commisaire, directeur de Cristal-Union relavise « Le Flex-fuel, c'est un projet à long terme. Il faut toutefois que les constructeurs automobiles fassent des efforts ».
S.C.-P.

L'union l'Ardennais