BD/ les régionaux cartonnent

Publié le dimanche 02 novembre 2008

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Le jeune dessinateur Simon Andriveau transforme son essai en coup de maïtre

Le jeune dessinateur Simon Andriveau transforme son essai en coup de maïtre

Christian-Philippe PARIS

Qu’est-ce qui réunit, Thierry, éducateur spécialisé, Czek, professeur, Étienne artiste peintre et Jérôme, journaliste ? Leur pratique assidue de la bande dessinée.
N’ayant pas convaincu de grands éditeurs, cesMarnais ont créé une association, Fugues-en-bulles, qui leur a permis de sortir leurs premiers albums à compte d’auteur. « On caresse bien sûr le petit rêve de se faire remarquer et de percer », reconnaît Thierry.
Mais en attendant, ce Rémois attend chaque soir que sa femme et ses filles soient endormies pour sortir papiers et crayons. « Heureusement, je n’ai besoin que de peu de sommeil. »
Serge Dutfoy, un auteur de BD de Saint-Quentin, a six albums à son actif, des dizaines de publications dans la presse et l’édition musicale mais n’a jamais laissé tomber son boulot de professeur de dessin. Il a attendu que sonne l’heure de la retraite afin de fermer définitivement la porte de la classe. « J’ai peut-être été trop prudent. Mais pour quelques bons copains qui s’en sont sortis, beaucoup d’autres ne s’en sont jamais tirés », confie-t-il.
Faut-il se lancer à corps perdu dans la BD ?Ou ménager ses arrières en faisant bouillir la marmite avec job salarié dangereusement gourmand en temps ?
La question a taraudé plus d’un artiste plus ou moins accompli le soir au-dessus de sa table à dessin. « Il sort 4.500 nouveautés par an. Les trois-quarts de leurs auteurs touchent le Smic voire moins », explique le coloriste Christian Lerolle.
Ce Rémois de 39 ans a la chance de faire partie du quart d’auteurs vivant bien, et même très bien, de ses droits d’auteurs. Avec ses copains de collège, Jean-David Morvan et Sylvain Savoia, il ne s’est guère posé de question. « On a toujours su qu’on voulait faire de la BD. » Après un passage à l’Institut Saint-Luc de Bruxelles, ces jeunes nourris au biberon de la BD franco-belge, des mangas japonais et des comics américains, fondent à Reims, en 1994, l’Atelier 510 TTC.
Cette structure alors novatrice en France, avec une division bien organisée des tâches, a pu répondre à de grosses et régulières commandes d’éditeurs. Avec succès.Au total les productions des membres successifs de l’atelier se sont vendues à deux millions d’exemplaires !
L’Ardennais DanielCasanave n’a pas toujours voulu faire de la BD. Il a commencé par faire des dessins de presse, de l’illustration de livres pour enfants et des décors de théâtre. Puis, il y a quelques années, il reçoit un appel d’un éditeur lui proposant de faire une BD. « Je lui ai dit d’accord, mais si c’était l’adaptation d’une pièce de théâtre. Il m’a dit que ça ne se vendrait pas mais a accepté ».Coup d’essai, coup de maître, sa version imagée d’Ubu Roi fut présentée au prestigieux festival d’Angoulême et fit immédiatement de Daniel Casanave un auteur reconnu.
Le succès ne tient parfois qu’à un coup de fil.

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Benoït Blary met un pied dans la cour des grands
Il trempe méticuleusement son fin pinceau dans un grand bol d’encre. Benoît Blary est en train de noircir l’une des planches d’une bande dessinée sur les soldats fous de la Première Guerre mondiale. Cet album collectif sera publié dans un an par la prestigieuse maison d’édition Delcourt.
Ce sera la première fois que le jeune membre de l’Atelier 510 TTC, à Reims, verra son nom apparaître sur la première page d’un album de BD. Avec cette publication, ce fils de cheminots pourra mettre aux oubliettes ses jobs de dessinateur sur les chantiers archéologiques et d’illustrateur publicitaire qui lui ont permis de boucler ses fins de mois au début de sa carrière.
Benoît espère que se concrétisera un projet d’album se passant dans le Japon de l’après Seconde Guerre mondiale, dans une ambiance de film noir. Pour s’imprégner de l’atmosphère nippone, Benoît a sur sa table à dessin une pile de livres de photos en noir et blanc ramenés du Japon par Jean-DavidMorvan, scénariste de l’album en préparation.
Le jeune dessinateur aimerait que cette pointure de la BD l’entraîne définitivement dans la cour des grands.

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La course aux dédicaces
Ils drainent des centaines de passionnés. Organisés par professionnels ou amateurs, les festivals et autres salons de la BD ont fleuri dans la région. Une dizaine résiste et prépare son édition 2009. Certaines dates ne sont pas encore communiquées. Les dessinateurs régionaux et nationaux commencent à bouder les grands festivals. Les files d'attente sont devenues interminables pour les dédicaces. C'est une épreuve pour les auteurs mais aussi l'occasion d'échanges avec leur public et une chance pour les petits festivals plus cool.
Dans l'Aisne
- Saint-Quentin : Les journées de la BD. La 21e édition aura lieu les 4 et 5 avril 2009. C'est le plus ancien festival de BD de la région.
- Merlieux et Fouquerolles: Fêtes du livre, dédicaces BD. La 17e édition a eu lieu le 28 septembre 2008.
Dans l'Aube
- Saint-Parres aux Tertres : Salon du livre et de la BD, 3e édition les 8 et 9 novembre prochains.
Dans les Ardennes
- Le Thour : Festival de la BD, 7e édition le 31 mai 2009.
- Charleville : Festival BD du Cabaret vert. La 4e édition a eu lieu les 30 et 31 août 2008.
Dans la Marne
- Reims : Les rencontres de la BD. La 7e édition a eu lieu les 16 et 17 juin 2007.
- Châlons : Salon du disque et de la BD. La 2e édition a eu lieu le 14 octobre 2007.
- Hautvillers : Festival de BD. La 3e édition aura lieu du 17 au 19 avril 2009.
- Vitry-le-François : Bulles en Champagne. La 5e édition aura lieu les 3 et 4 octobre 2009.
Dans la Somme
- Amiens : On a marché sur la bulle. La 14e édition aura lieu les 6 et 7 juin 2009.


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Les sorties et les coups de cœur
Xavier Doyen dit «Raoul» fait figure de pape de la bande dessinée à Reims. Son magasin BDrama est le rendez-vous des amateurs qui guettent chaque nouvelle sortie d’album. Dernier coup de cœur des libraires et en lice pour le prix national des libraires de bandes dessinées: «Le grand siècle» du Rémois Simon Andriveau. Raoul n’est pas chauvin, mais il applaudit des deux mains.
Il livre une sélection des meilleures sorties du moment dont le dernier «Largo Winch».
Les régionaux
- Série Sillage - Le Monde Flottant de Jean-David Morvan et Philippe Buchet. Onzième édition des aventures d’une jeune survivante.
-Le Grand Siècle - Benoît de Simon Andriveau. Le Rémois livre un deuxième album d’une série de quatre au temps du Masque du fer.
-Verlaine, Une Saison en Enfer de Jacques Jagodzinski et Daniel Casanave. Un petit format pour exprimer la passion de Verlaine pour Rimbaud au cœur des Ardennes où est néCasanave.
- Spirou - Aux Sources du Z par Jose-Luis Munuera et Jean-David Morvan. Le tome 50 du célèbre produit par les accolytes de 510 TTC.
- Mon Arbre de Séverine Gauthier, Thomas Labourot et Christian Lerolle. Une BD jeunesse autour de Laurine et son chêne centenaire.
- Les Geek - Dans le Doute on Reboote par le collectif Gang, Thomas Labourot et Christian Lerolle. Deuxième opus autour d’une bande de jeunes malades d’ordinateurs, de jeux vidéos et de science-fiction.
- Canardo - La Fille sans Visage par Sokal. Dix-huitième tome des aventures du canard inspecteur ivrogne et cynique créé par un auteur belge installé près de Reims.
- Fats Waller de Serge Dutfoy. Un nouveau tome de la série BD Jazz par un auteur (et pianiste) de Saint-Quentin.
-Les Marnais Thierry Boulanger, Etienne M, Janpi, Jérôme Gorgeot tentent d’entrer dans la cour des grands avec 4 albums sortis à compte d’auteur. (Commande sur fugues-en-bulles.com)
Les nationaux
-Mattéo de Jean-Pierre Gibrat. Premier tome d’une série de 4.
Le parcours atypique d’un pacifiste dans la Grande Guerre.
- Célestin Gobe la lune de Wilfrid Lupano et Yannick Corboz.
Ô charme citoyen... Second et dernier tome des aventures d’un candide à la veille de la Révolution.
- Au revoir Monsieur de Remy Mabesoone et Olivier Mau. Un polar en noir et blanc.
-Le Village de Bertrand Marchal et Rodolphe.
En Russie, un camp d’entraînement pour les espions façon village américain.

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Les aventures de Morvan au Japon
Avec 140 albums à son actif, le scénariste rémois Jean-David Morvan, 39 ans, est particulièrement prolifique. La série en onze tomes, plus des dérivés, qu’il a mis sur pied avec le dessinateur ardennais Philippe Buchet, a dépassé largement le million d’exemplaires. De quoi s’endormir sur des lauriers ? « Sillage me permet de bien gagner ma vie et je pourrai me contenter de ne faire que cela. Mais j’aime aller chercher des dessinateurs ailleurs, en Corée ou au Japon », explique-t-il. C’est justement à Tokyo que Jean-David a monté une annexe de l’Atelier 510TTC, la pépinière rémoise dont il est le cofondateur.
Avec le dessinateurToruTereda, il a écrit un album destiné à l’origine au marché français mais que viennent de racheter les Japonais. Avec Hiroyuki Oshima, il a enfanté d’un Spirou junior version nippone. Il sortira l’an prochain un album avec le très reconnu Jiro Tanigochi. Une consécration pour celui qui eu une révélation il y a vingt ans lors d’un voyage à Tokyo avec ses parents. « J’ai découvert l’univers des mangas qui étaient alors inconnus en France. J’en ai ramené une valise. »
Même découverte précoce et même fascination pour les comics américains. David Morvan a là aussi rejoint ses maîtres en scénarisant un épisode deWolverine. La terre sera-t-elle un jour trop petite pour contenter l’appétit du super-héros de la BD régionale ?

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Andriveau sort du lot
Le dessin est griffé, léché, précis. Les couleurs profondes et tamisées. L’histoire est inspirée des romans de cape et d’épée.
Dans son atelier sous les toits de sa maison rémoise, Simon Andriveau s’attaque au troisième tome de sa toute première série d’auteur baptisée « Le grand siècle ». Le premier album sorti fin 2006 chez Delcourt vient d’être rejoint par le second et fait la nique aux plus grands. C’est même le chouchou des libraires spécialisés en cette fin d’année.
Il s’agit d’une saga mettant en scène sur une période de 40 années au cœur du XVIIe siècle, cinq personnages qui se croisent, s’associent, s’affrontent. « Ils ont chacun un talent particulier », annonce Simon. Chaque tome porte le nom de l’un d’eux. Il y a eu Alphonse et Benoît. Il y aura donc cinq albums.
C’est d’abord dans le cinéma d’animation que Simon a exercé son art. Formé à Lyon chez Émile Cohl attaché au dessin académique, il a participé, doté de cette solide base, à la naissance du film d’animation « Arthur et les Minimoys » de Luc Besson.
« Et puis, j’ai voulu faire un travail d’auteur et je me suis lancé dans la bande dessinée », raconte le jeune Rémois tout juste trentenaire. Ainsi est né « Le grand siècle », immédiatement salué par les connaisseurs.
« J’ai été soutenu par Jean-Denis Morvan qui fait beaucoup pour les jeunes dessinateurs de la région », reconnaît Simon dont la patte ne demande qu’à évoluer vers un dessin plus libre encore, plus épuré et plus personnel.
En tout cas, très prometteur de séries futures. À moins que, déjà doué de multiples talents, le jeune homme ne revienne à ses premières amours, le dessin d’animation.

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