Publié le dimanche 07 juin 2009 à 01H00 - Vu 119 fois
Jean Mermoz disparaissait le 7 décembre 1936. Il allait avoir 35 ans.
Le 7 décembre 1936 disparaissait « l'archange », Jean, aux commandes de « La Croix du Sud », un hydravion Latécoère de type T 300, aux lignes romantiques, mais mortellement dépassé. Mermoz et son équipage, Alexandre Pichodou, copilote, Henri Ézan, navigateur, Edgar Cruvelhier, radio et Jean Lavidalie, mécanicien, se sont évaporés dans l'espace au dessus de l'Atlantique Sud, dans un vol qui les conduisait de Dakar vers le Brésil. Six ans plus tôt, Jean Mermoz avait accompli pour l'Aéropostale la première traversée de l'Atlantique Sud. Ce 7 décembre 1936, il en est à sa 25e, mais il est trahi par la mécanique. A 800 km au large de Dakar, à 10h47, il lance ce dernier message : « Coupons moteur arrière droit ».
Entre grains et éclairs. L'enfer !
Avant de s'élancer de Dakar, ce jour-là, « La Croix du Sud », hydravion quadrimoteur, avait effectué un faux départ à cause d'une fuite d'huile. Après réparation, l'appareil avait finalement décollé.
On pense généralement que la disparition de Mermoz a été provoquée par une rupture de l'arbre d'hélice du même moteur arrière droit défaillant au décollage. Cette hélice, se détachant, aurait percuté et découpé le fuselage de La Croix du Sud au moment même où le radio Edgar Cruveilher lançait son dernier message… Mermoz allait avoir 35 ans. L'archange disparu, à l'orée des années sombres, la France perdait un peu de son âme, de sa jeunesse. Mermoz et ses camarades de l'Aéropostale étaient des « dieux », des héros « élémentaires », au sens propre du terme, des héros solaires qui élevaient tout un peuple par leur courage et la pureté de leur cause pacifique. En France la douleur fut immense, on en ressent encore aujourd'hui le ressac, réactualisé par le triste destin du vol AF 447. Longtemps les pilotes d'Air France ont porté une cravate noire en souvenir de Mermoz ; elle est bleue, aujourd'hui. L'équipage de La Croix du Sud fut cité à l'Ordre de la Nation, par décret du 17 Décembre 1936. Des funérailles nationales grandioses furent organisées dans la Cour des Invalides, le 30 décembre 1936. Saint-Ex qui a par la suite disparu dans l'éther, en 1944, derrière l'île de Riou, à Marseille - les puffins le pleurent encore chaque nuit - devait écrire de son ami Mermoz ces mots admirables : « Il ne décollait pas, Mermoz, il se délivrait de la boue ».
L'un des plus grands défis opposés aux liaisons aériennes dans l'Atlantique Sud se nommait alors le « pot au noir ». Une barrière de cumulonimbus qui contraignait les pilotes à voler à très basse altitude, entre la surface de la mer et le plafond nuageux - parfois à 50 m sol ! - dans une atmosphère plus que turbulente, entre grains et éclairs. L'enfer ! Les avions modernes survolent ou contournent de telles zones aujourd'hui, aidés en cela par leur radar météo, leur capacité à voler haut ; mais pas un pilote sain d'esprit ne se hasarderait à traverser un « cunimbe » à moins d'y être forcé.
Philippe Le Claire
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