Publié le vendredi 31 octobre 2008 à 01H00 - Vu 52 fois
TROIS mots de trop : « Tire, tire, tire ! » Trop de pastis, trop de whisky. Plus de deux grammes d'alcool pour lui, un peu moins pour elle. Trop de rancœurs accumulées et de disputes pour des riens dans le huis clos de leur retraite. Et puis la déflagration. Romano Carminati tire une balle de carabine à bout portant dans la tempe de son épouse Stéphanie.
Il a 68 ans. Elle en a trois de moins. Ils étaient mariés depuis quarante-cinq ans. Ils avaient deux filles et quatre petits-enfants.
C'était le 18 août 2006 vers 18 heures dans la cuisine du coquet pavillon de Champigny, près de Reims, que Romano a construit de ses mains dans les années 70 avec son frère venu d'Italie comme lui.
Il a été condamné hier à huit ans d'emprisonnement pour meurtre par la cour d'assises de la Marne. L'accusation avait requis douze ans de réclusion. « C'est un acte odieux d'une violence inouïe », a lancé la jeune avocate générale Béatrice Neveux. « Un drame de l'alcool », a tempéré Me Denis Decarme pour la défense.
Romano Carminati a aujourd'hui 70 ans. Il a le souffle court, l'oreille dure, un corps trapu qui se dérobe à cause de l'arthrose.
Il baragouine avec un fort accent italien en sanglotant : « Si c'est arrivé, c'est tellement on avait bu ». Pour quelle raison ? « J'me souviens plus. On se disputait pour n'importe quoi ». Pourquoi ce jour-là ? « Elle m'a donné une claque, j'lui ai donné une claque. Elle m'a traité de tous les noms. Elle m'a dit : va chercher ta carabine. Quand j'suis revenu, elle m'a dit : tire, tire, tire ! »
« Pourquoi n'avez-vous pas tiré en l'air comme la fois précédente ? », interroge le président Benoît Mahieux. « Je n'sais pas. Elle m'a poussé à le faire », répond, penaud, l'accusé. Il avait déjà fait feu dans le mur de la cuisine peu de temps auparavant. Son épouse et une de leurs filles avaient caché les munitions. Il s'en était procuré auprès d'un ami.
Bon père, serviable, gentil, jovial, bonne mère, dévouée, attentionnée, le couple avait commencé à s'entre-déchirer à la retraite. Jamais en public. La façade d'harmonie était préservée. Parfois tout de même des voisins entendaient des cris. Pareil pour l'alcool.
Les deux retraités buvaient chez eux, jamais dehors, ruminant leurs reproches avant de se les envoyer à la figure.
« C'était un macho italien, mais c'est elle qui portait la culotte », témoigne leur ancien médecin. Un expert évoque la « jalousie ».
L'immigré italien qui parlait mal le français était resté ouvrier toute sa vie.
Sa femme d'origine polonaise avait mieux réussi, cadre au Trésor. Conseillère municipale, elle était la trésorière du club du 3e âge. Elle s'occupait activement de la brocante annuelle du village. Il en concevait « un sentiment d'infériorité », selon l'expert. Elle se montrait autoritaire. « Elle le rabaissait. Elle le poussait à bout. Il voulait qu'elle se taise. C'est un blessé d'orgueil », estime l'accusation. Leurs caractères opposés ont fini par s'affronter. Jusqu'à la mort.
« Je n'ai jamais pu imaginer que ça finirait comme ça », soupire, en larmes, Patricia. C'est elle que son père a appelée après avoir tiré sur sa femme. « Je ne peux pas lui pardonner, mais c'est mon père », sanglote Frédérique, sa jumelle.
Les deux filles ne se sont pas constitué parties civiles.
Francis Dujardin
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