Publié le jeudi 17 décembre 2009
«IL ne s'annonce pas. Il frappe très fort à la porte, des fois qu'on n'entende pas. » Martine*, la cinquantaine, se souvient très bien de la dernière fois où elle a été contrôlée pendant un arrêt maladie… C'était il y a quelques mois. Cette habitante de l'arrondissement de Reims l'a encore en travers de la gorge. « Il m'a obligée à retravailler alors qu'il me restait une semaine d'arrêt. »
« Ce jour-là, le médecin qui s'est présenté chez moi a commencé par me demander ce que j'avais, alors qu'il le savait très bien puisque c'était écrit sur la feuille qu'il avait en mains. Il a voulu voir mes médicaments. Il a vérifié que j'avais bien commencé le traitement puis m'a examinée. Le contrôle n'a pas duré plus de 10 minutes. » Un moment éprouvant pour Martine. « On se sent mis en cause, on a un peu l'impression de voir débarquer les flics à la maison. »
Ce n'était pas le premier arrêt maladie, ni le premier contrôle pour cette employée du secteur privé. « J'ai déjà été contrôlée 4 ou 5 fois, toujours pour des arrêts maladie de plus de trois semaines. » Martine est de santé plutôt fragile et, elle ne s'en cache pas, s'arrête souvent…
« Une autre fois, j'ai été contrôlée alors que je n'étais pas chez moi. Je me croyais protégée parce que j'étais chez mon médecin. Eh bien pas du tout. Mon employeur n'a rien voulu savoir, j'ai dû reprendre le boulot sinon il arrêtait de me verser mon salaire simplement parce que j'étais sortie en dehors des heures autorisées. Maintenant, je fais gaffe. »
Le pas décidé, stéthoscope dans la sacoche et écharpe autour du cou, le Docteur Gilles Majoie est une des armes anti arrêts maladie abusifs de votre patron. Mandaté par la société spécialisée Securex, il contrôle les arrêts maladie. Ce n'est pas lui qui a contrôlé Martine, ils sont cinq médecins à œuvrer à Reims. Ils ont en commun d'être expert médico-légal auprès des tribunaux.
« On n'est pas Zorro »
« On n'a surtout pas un rôle de justicier. On n'est pas Zorro. Ce n'est pas la jungle », tient tout de suite à préciser le Dr Majoie. « On est juste là pour donner un avis technique en forme de réponse à la question : est-ce qu'au moment précis du contrôle, la personne est en état de retravailler. On n'est pas là non plus pour remettre en cause le diagnostic de notre confrère. Notre action est strictement encadrée par la loi et l'Ordre des médecins. Il est par exemple interdit de transmettre des informations médicales à l'employeur ou à la société de contrôle qui nous a mandatés. Nous sommes bien sûr soumis au secret médical. »
Malgré cela, le message a du mal à passer chez certaines personnes contrôlées qui se sentent mises en cause et considèrent le médecin qui les visite comme un coup bas adressé par leur employeur. « Je n'ai jamais subi de violence mais j'ai parfois entendu des remarques désobligeantes », prévient le Dr Majoie. Il en faut plus pour décourager ce médecin certain de travailler à la préservation du système de protection sociale et donc au bien commun.
Alexandre ROGER






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