Publié le dimanche 07 février 2010 à 01H00 - Vu 394 fois
Qu'il existe des passerelles (le mot même semble bien timide) entre peinture et poésie n'est pas chose nouvelle. Et l'on ne tient pas compte de ce qui relève simplement de l'illustration. Pour le seul XXe siècle, on pense par exemple aux aventures artistiques communes qui jalonnèrent l'histoire du surréalisme (quand les Max Ernst, Man Ray ou encore Miro conjuguaient leurs univers et leurs couleurs à ceux d'André Breton, Paul Eluard ou Benjamin Péret, liste non-exhaustive !).
Dans un autre genre, il est même des créateurs qui jouèrent sur les deux tableaux (sans mauvais jeu de mot), comme Jean Cocteau, Marcel Duchamp, Francis Picabia…
L'exposition « Résurgences » consacrée à Alexandre Galperine au musée Rimbaud de Charleville propose une nouvelle déclinaison.
D'origine russe, Alexandre Galperine connut ses premières émotions artistiques au contact des icônes. Les vraies. Plus tard, ce juriste de formation allait en côtoyer d'autres. Des poètes devenus de vrais mythes (Rimbaud, Lautréamont, Baudelaire), ou des légendes vivantes, comme René Char. Il l'avoue : il ne lit « que » de la poésie et très vite, il estime que « la peinture ne peut subsister dans la modernité que grâce aux poètes ».
C'est donc un formidable hasard, une belle offrande de la destinée si Alexandre Galperine (passé par les Beaux-Arts où il commença à s'intéresser à Matisse ou Kandinsky, des maîtres ayant créé leur propre langage pictural) rencontre René Char en 1974. Le peintre a alors 37 ans. Le poète déjà 67. Mais c'est un coup de foudre réciproque.
Sans demi-mesure.
Alexandre Galperine détruit toutes ses toiles antérieures et s'installe en Provence. Comme le grand homme de L'Isle-sur-la-Sorgue. Et désormais, ces deux marcheurs infatigables vont faire volontiers route commune sur le plan de la création… Car Galperine ne veut pas « illustrer » les poèmes de Char, mais les « accompagner ». Les deux œuvres cohabitent, sont en résonance. Elles participent d'une même cohérence mais chacune a son relief.
De l'enluminure à l'illumination
Via René Char, Galperine découvre d'autres œuvres poétiques ou picturales : Rimbaud, certes, mais aussi Courbet (d'où un parallèle pertinent entre la Loue à Ornans - le pays de Courbet - et la Muse à Charlestown), Baudelaire, Jouve.
Le peintre explique son travail avec modestie : « (Les poètes) sont là. Ils prennent par la main le peintre et la main rythme l'œuvre sur toile et papier au son, haut prononcé, de leur parole. »
Il suggère même que « l'enluminure » devient, grâce au poète, « une illumination »…
L'exposition réunie à Charleville propose tout à la fois d'explorer la trajectoire de Galperine, de partager ses émotions colorées et ses lectures. Ses peintures, ni plus vraiment figuratives, ni vraiment encore abstraites, où les ombres et silhouettes (des personnages ou des paysages) se fondent dans la couleur des émotions, des rêves, des fulgurances, côtoient des manuscrits ou tirages limités de Char (essentiellement) que Galperine a illustrés (pardon, « en et illuminés »), et des extraits de correspondances (certains manuscrits appartenant au fonds André Velter de la Médiathèque de Charleville).
Philippe Mellet
charleville@journal-lunion.fr
Exposition visible au musée Rimbaud de Charleville jusqu'au 28 février.
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