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Acquitté en 2009 du meurtre de sa femme, Jacques Viguier est rejugé à Albi Le mystère de la maison close

Publié le lundi 01 mars 2010 à 11H00 - Vu 100 fois


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JACQUES VIGUIER se targuait autrefois de connaître, au mot près, les dialogues des films d'Alfred Hitchcock.
En 1984, il avait analysé, pour la revue Ciné-Acteurs, deux chefs-d'œuvre du maître : « Une femme disparaît » et « Le faux coupable ».
A posteriori, la résonance de ses choix ne manque pas de sel. Car voici Jacques Viguier une seconde fois forcé de convaincre une juridiction criminelle qu'il n'a pas éliminé, dimanche 27 février 2000, son épouse Suzanne, ancienne ballerine âgée de 38 ans, dont on n'a jamais retrouvé le corps.
En avril dernier, sa défense était parvenue à convaincre la cour d'assises de la Haute-Garonne que « Suzy », ainsi surnommée, s'était « volatilisée » de sa maison verrouillée, y abandonnant ses clés de portes et de voiture, sa carte bancaire, son téléphone, ses lentilles de contact corrigeant son extrême myopie. Pis, son trésor : les jumeaux Nicolas et Guillaume, 8 ans, et Clémence, 11 ans, les enfants qu'elle chérissait.
Les avocats de l'accusé avaient arraché son acquittement (lire ci-contre) et Jacques Viguier s'était répandu en commentaires triomphants jusqu'à ce que le parquet fasse appel. D'où le second procès qui s'ouvre cet après-midi à Albi et va mobiliser 56 témoins et 12 experts d'ici au samedi 20 mars, date du verdict.
L'affaire, singulière à plus d'un titre, s'appuie sur tous les ressorts hitchcockiens qui ont fasciné Jacques Viguier, 52 ans, agrégé de droit public, vice-doyen de la faculté de Toulouse dont ses pairs louent l'esprit affûté, raillant juste son goût immodéré pour les étudiantes.
Parmi celles qui ont succombé au charme du don Juan des chaires, il y a eu Suzy, première d'une longue série de femmes au cœur brisé.
« Je n'ai pas tué Suzy »
Il y a belle lurette que le sien ne battait plus pour l'époux volage : la jolie Suzy, qui enseignait la danse, avait repris goût à la vie dans les bras d'un amant, Olivier Durandet.
Il avait du reste table ouverte chez le couple : « Jacques n'y trouvait rien à redire, témoignera-t-il. Il n'imaginait pas un type rondouillard de 32 ans, VRP au chômage, lui piquer sa femme… »
Aussi, lorsque Suzy dit à Jacques qu'elle veut divorcer, le professeur infaillible tombe de son piédestal.
L'accusation pense que cet échec-là, premier de sa vie, a provoqué l'événement. Ce dimanche 27 février 2000, à 4 heures du matin, l'amant dépose Suzy devant chez elle.
Le lendemain, elle doit voir un avocat à qui elle remettra un dossier accablant qui l'aidera à conserver la garde des enfants et de la maison. Elle ne se rendra jamais au rendez-vous. Suzy a disparu. Son mari ne s'inquiète pas, « elle avait l'habitude des escapades », dira-t-il ; un mensonge. Clémence, Nicolas et Guillaume profitent des vacances chez leurs grands-parents.
Tandis que, le lundi, M. Viguier retourne à ses cours, la nounou découvre du sang dans la baignoire familiale. Paniqué, Olivier Durandet convainc l'époux d'aller au commissariat le 1er mars. L'amant et la nurse témoignent aussi. La perquisition se transforme en moisson. Cachés dans une armoire, les enquêteurs découvrent le sac à main et le trousseau de clés de Suzy : impossible qu'elle se soit enfuie de la maison close, a fortiori sans le minimum nécessaire à sa « fugue ».
Dans la baignoire, sur le châssis du canapé où elle dormait, la housse du sommier, une chaussure du mari et un torchon dissimulés, ils relèvent des traces correspondant au sang du couple.
« Des accidents domestiques », avance le suspect Viguier. Enfin, le matelas de Suzy a disparu. Le suspect admet l'avoir jeté, l'estimant usagé. Vérification faite, il était neuf. Il sera retrouvé dans une décharge, brûlé. Le 11 mai 2000, Jacques Viguier est écroué.
« Je n'ai pas tué Suzy », jure-t-il. Remis en liberté en 2001, il n'a cessé de clamer son innocence. La mère de Suzy et ses enfants le croient. Pas les sœurs de la victime. Dans trois semaines, seul comptera l'intime conviction de la cour d'assises du Tarn.
Isabelle HORLANS

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