« Notre sœur est morte en voulant échapper aux coups »

Publié le mardi 09 février 2010

balcon

Mélisa HARIOT

SI la couleur finit par s'estomper, une large traînée de sang subsiste encore au pied de cet immeuble de l'impasse Belair. Unique stigmate d'un dramatique fait divers qui s'est déroulé mercredi soir au cœur du quartier de La Bidée à Châlons-en-Champagne. Chantal Bourezg, une Châlonnaise de 44 ans, a trouvé la mort en chutant de plusieurs mètres. Elle tentait de quitter l'appartement occupé par son ex-compagnon en passant par le balcon. Les draps qu'elle avait noués entre eux pour descendre ont cédé, rendant la chute inévitable.

Pour les policiers, l'accident ne fait aucun doute. Un témoignage est d'ailleurs venu accréditer cette thèse. Une thèse accidentelle que ne conteste d'ailleurs absolument pas la famille de la victime. Pour deux de ses sœurs, ce sont les raisons qui ont poussé cette mère de famille à passer par la fenêtre plutôt que d'emprunter les escaliers qui posent problème. « Notre sœur était victime de violences physiques de la part de son ex-concubin, dont elle redoutait les réactions », affirme Marianne, l'aînée de la fratrie. Après avoir dû faire face à la disparition tragique de Chantal, Marianne et Catherine ont finalement décidé de déposer plainte contre lui pour séquestration. Les deux femmes sont assistées dans leurs démarches par Le Mars, l'association d'aide aux victimes.

« Sa courte vie n'aura été que souffrance », lâchent-elles d'une même voix. « Toute petite, elle a vu nos parents se déchirer avant d'être victime, elle-même. »

Chantal Bourezg, qui vivait séparée de son compagnon, résidait à Saint-Memmie. Malgré les coups, elle entretenait toujours une relation avec cet homme, un routier d'une cinquantaine d'années. « Une femme qui est battue quitte difficilement l'homme qui la frappe », explique Catherine qui connaissait la situation de sa jeune sœur. « Chantal était particulièrement influençable et fragile psychologiquement. » Elle évoque des SMS adressés par l'ami de sa sœur et retrouvés sur son portable à elle. « Là, il était gentil, histoire de l'avoir toujours sous sa coupe », accuse-t-elle. Elle garde encore en mémoire les hématomes qui déformaient son visage. « À la fin, notre frère Patrick l'accompagnait partout car elle était terrorisée. »



Un pantalon, des médicaments




Pour elle, c'est sans aucun doute cette peur qui a conduit sa sœur à la mort.

« À côté d'elle, on a retrouvé un sac en plastique dans lequel se trouvaient un pantalon et des médicaments. Elle a littéralement fui. » Pour les deux femmes, Chantal avait une peur bleue de se retrouver face à son ex-conjoint. « À 17 h 50, elle a eu ma fille au téléphone mais elle ne lui a signalé aucun problème. À 18 heures, elle tombait… ». Pour elles, c'est certain, Chantal Bourezg avait reçu des menaces. « Cela faisait près de 24 heures qu'elle se trouvait séquestrée dans cet appartement », insiste Marianne. Cette dernière évoque les appels au secours lancés par sa sœur. « Elle a appelé plusieurs fois la police, la dernière fois, c'était il y a trois semaines. Elle a fait plusieurs passages aux urgences. Chantal a même été accueillie au foyer Henri-Dunant pour femmes battues. »

Le jour de l'accident, Chantal Bourezg n'avait consommé ni alcool, ni stupéfiants. « Elle savait ce qu'elle faisait et elle n'était absolument pas suicidaire. » Pour Chantal, c'est trop tard aujourd'hui. Mais Marianne et Catherine souhaitent que ce drame serve d'exemple. « Pour qu'on s'occupe enfin de toutes ces femmes, battues ou violentées. Et surtout que la police prenne au sérieux une femme qui appelle au secours, même à 2 heures du matin. »

Chantal Bourezg a été inhumée lundi à Pogny, dans le cimetière où repose déjà sa mère. Elle laisse quatre enfants parmi lesquels un petit Enzo de 5 ans, à qui ses tantes ont appris, hier, qu'il ne reverrait plus sa mère.



Corinne LANGE

Imprimer Recommander Wikio Facebook twitter digg

Réagissez

Pour contribuer et recommander vous devez être connecté (création de compte)

Avertissement
Nous vous rappelons que vous avez, lors de la création de votre compte, accepté les conditions d’utilisation du site. Celles-ci proscrivent notamment la diffamation, l’incitation à la haine raciale, l’atteinte aux bonnes mœurs.
Nous vous prions donc de respecter strictement la charte d'utilisation du site www.lunion.presse.fr. A défaut, votre compte sera banni du site.
Voir aussi : La FAQ de la modération

Droits de reproduction et de diffusion réservés © www.lunion.presse.fr