Publié le dimanche 24 juillet 2011 à 10H00 - Vu 69 fois
Avignon en été, c'est déjà un enchantement, mais Avignon par temps de festival, c'est un vrai bonheur ! Un peu de théâtre et beaucoup de folies…
Cour des miracles contre cour d'honneur du palais des papes, feu d'artifice d'affiches, de flyers, de banderoles, pancartes, qui témoignent d'une imagination débridée et tapissent d'une mosaïque éphémère les murs antiques de la ville, la moindre rambarde… Rues et place de la cité qui hébergea la plus féroce des mules - après Frédéric Mitterrand - sont envahies d'un flot de touristes, curieux, passants, « punkachiens », hommes sandwiches, comédiens péripatéticiens, troupes divagantes, artistes en quête d'une audience, Belge presqu'à poil, naturels du pays à la dérive, bobos et babas, gagas et gogos, people et ersatz de VIP, politiques en mal d'électorat… le tout en provenance des quatre coins du monde libre. Ce carnaval est mis en branle par plus de mille troupes de saltimbanques qui donnent tous les jours autant de spectacles, la vielle ville ayant transformé le moindre de ses garages, la moindre de ses boutiques désaffectée, le moindre espace public en salle de spectacle.
Un plaisant chapitre de la comédie humaine
Alors évidemment il y a deux mondes, le festival « In », et le « Off ». Le premier date de 1947, c'est la chose de Jean Vilar, divinité tutélaire du lieu, avec un panthéon légendaire, Gérard Philipe, Michel Bouquet, Jeanne Moreau, Maria Casarès, Philippe Noiret, Jean Le Poulain, Charles Denner, Georges Wilson… Quant au « Off », il a vu le jour en 1963, pris le vent après 1968, avant de devenir la gigantesque kermesse que l'on sait, avec, cette année, la bagatelle de 969 compagnies en tous genres et 1143 spectacles par jour…
Si le « In » dispose des plus beaux lieux de création, comme la cour d'honneur du palais des papes, le « Off », plus branchouille, prospère sauvagement et n'hésite pas à coloniser rues, places et trottoirs, mêlant la commedia dell'arte à la vie quotidienne.
Une belle histoire partagée par une soixantaine de lycéens
De fait le peuple qui se presse dans l'Avignon intra-muros contemporaine est plein de Pantalon, Capitan et Matamore, qui croisent des litanies d'Arlequin, Brighella, Colombine, Toinette, Dorine, quelques Sganarelle, sans oublier des rafales d'Horace, Isabelle, Francisquine, ou Zerbinette, qui s'ignorent et jouent sans le savoir un plaisant chapitre de la comédie humaine.
Au beau milieu de cette Babel théâtrale, depuis 1995, on trouve un îlot champardennais, car notre région est la première - de France, dixit Jacques Montaignac, secrétaire général du Festival d'Avignon - à s'être donnée un point d'attache doublé d'un espace de représentation en louant tous les ans, via l'Office régional culturel (Orcca), l'ancienne Caserne des Pompiers municipale, au 116 rue de la Carreterie. Un lieu placé sous l'égide sympathique de Jean-Pierre Mathieu, l'un des frères de notre Mireille nationale et une gloire locale à sa façon. Si la caserne n'est pas immense, la salle permet depuis seize ans, à de nombreuses troupes et compagnies de nos pluvieuses contrées, de se mettre en lumière et de jouer à Avignon, certes, mais surtout d'entrer en contact avec les professionnels du spectacle, programmateurs, diffuseurs, metteurs en scène… Chacune des six troupes sélectionnées aura pu donner cette année, du 7 au 26 juillet, une vingtaine représentations, se frotter à un public exigeant, remplir son carnet de commande.
Une belle histoire, partagée par une soixantaine de lycéens et apprentis de Reims (Roosevelt et Chagall), de Charleville-Mézières (Etion et Chanzy), de Revin (Jean-Moulin), Vouziers (lycée Thomas Masaryk) et Sainte-Savine (lycée Edouard-Herriot), venus passer quelques jours dans la Cité des papes histoire de peaufiner leur perception de l'art de Melpomène.
Une opération à mettre au crédit de la Région et de l'Orcca présidé par Jean-Claude Daniel, mais aussi du rectorat de l'académie de Reims sans oublier les Cemea (logement).
Philippe Le Claire
pleclaire@journal-lunion.fr
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